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Au
commencement de tout il y eut... Bernard Lavilliers.
La première fois que je suis venue à la Maison
de Radio France, c'était pour le Pont des Artistes
de Bernard Lavilliers. Cela remonte à la première
quinzaine de septembre 2002, c'est-à-dire peu de
temps après mon emménagement avec mon ex-colocataire,
la Groupie Carole, rencontrée via une ancienne copine
de fac, la Groupie Christelle. Toutes deux s'étaient
échangé leurs coordonnées à
l'issue de retrouvailles fortuites, qui faisaient suite
à une soirée commune : un concert de Bernard
Lavilliers. Ce même Bernard Lavilliers pour lequel
Carole m'avait emmenée en Champagne, et qui fut à
l'origine d'une étrange déambulation nocturne,
en voiture, à l'écoute de la fréquence
locale du réseau France Bleu. Les habitués
de ce site le savent déjà : à 2 heures
du matin, on pouvait entendre "Ne pas" ou rencontrer
des aliens. Pour ma part, ce fut la 1ère solution.
Je me repasse le film de cette histoire ce matin, 9h35,
alors que j'attends avec Fred dans le grand hall de Radio
France. Nous sommes venus pour le Fou du Roi, car
Karin Clercq y chantera en direct tout à l'heure.
C'est une nouvelle Barbra qui reprend du service aujourd'hui.
A la batterie de médecins chargés de s'occuper
de son cas (le mien), s'ajoute à présent un
chirurgien, flanqué d'un anesthésiste, quelques
infirmières et un brancardier. Moi qui suis finalement
assez peu coutumière du "Paris by night",
j'ai ouvert un city guide à la page "Cliniques
pour liftées chics - discrétion assurée".
Et j'exhibe à présent mon nouveau menton de
déesse grecque, honte à moi d'être aussi
frivole... Aussi, depuis mes nouvelles préoccupations
esthétiques, suis-je très peu en phase avec
le monde de l'entreprise. J'attends paisiblement, chez moi,
que vienne à nouveau mon Heure...
Au point que cela m'a fait bizarre d'entendre Stéphane
Paoli ce matin, à 8 heures. Depuis quelques temps,
j'embraye directement sur Stéphane Bern, à
11... [ justement ].
Stéphane Paoli... ... que j'ai découvert sur
France Inter en même temps que les Lettres Matinales
de Guy Carlier, à 7h50, durant la saison 2001-2002.
Je les écoutais religieusement, face à mon
café, dans la cuisine de Serge - l'Ami gay, accro
à l'Eurovision, qui héberge la copine en panne
de mari d'avenir (la télé peut être
d'un banal !).
Après le 7-9, il y avait Pascale Clark. Bon
Dieu comme on a pu l'aimer Pascale Clark (avant son départ
pour RTL...). Déjà à l'époque
de sa revue de presse, à 8h30, que je chopais parfois
dans la voiture de Priscille - elle était folle de
sa voix ! - quand on prenait la route de l'IUT... Les éditos
brillantissimes de Tam Tam Etc. ... Tant pis pour
les rumeurs concernant sa vraisemblable personnalité
tyrannique : une journaliste de son talent, ouvertement
fan de Miossec, c'est une pépite !
Puis à 10 heures, c'est Patricia Martin, Alter
Ego. Encore aujourd'hui, indéboulonnable Patricia
Martin... Je n'oublierai jamais l'émission du 24
juin 2002, sur le thème des "amours toxiques".
C'était le matin de ma soutenance. J'étais
provisoirement à Bordeaux. Ce matin-là, alors
que Patricia m'expliquait tout du processus infernal dans
lequel j'étais prise (l'amour-poison de l'autre,
qui n'a d'autre volonté que de vous détruire
pour asseoir une illusoire et pathétique puissance),
je me suis préparée jusqu'au soir à
briller à ma soutenance, puis à m'éteindre
devant Mr Wrong, qui m'attendait de pied ferme pour mettre
un terme à ma vie sociale.
Patricia... pourquoi n'ai-je pas su vous entendre ce fameux
jour ?
Peut-être que si vous aviez passé "Ne
pas"... ??? ...
Je suis perdue dans mes pensées quand on vient nous
chercher, Fred et moi, pour entrer dans le studio 106. Il
est encore tôt, nous sommes des privilégiés
: la balance n'est pas finie. Et qui trouvons-nous en train
de répéter sa chanson ? Arielle Dombasle,
debout sur l'estrade, micro à la main. Elle flotte
dans une tunique rose taille 36, sa blondeur ancestrale
encadrant une gigantesque paire de lunettes fumées
(dont je ne reconnais pas la marque, désolée
pour les puristes !). Arielle Dombasle est l'invitée
principale du Fou du Roi. 1 heure 3 quarts à
tuer avec cet outrage à tous les combats du féminisme,
cette mondaine experte en manipulation médiatique
avec sa moitié-de-philosophe. Et pas de Guy Carlier.
C'est bien ma veine pour mon premier Fou du Roi in situ
! Le public entre à son tour : un bus de retraités
bronzés, venus de je ne sais où, et les "habitués"
- des membres du 3ème âge, sournoisement cachés
dans divers recoins de la Maison pour griller la file d'attente
du grand hall... On les a eus, cette fois !
Quand Stéphane Bern s'installe au micro, il lance
à la volée un regard interrogateur. Je lui
fais de grands signes, un peu familiers, pour lui dire "Coucou,
Stéphane !". Signes qu'il ne relève pas.
Solitude.
Enfant, à Lyon, j'écoutais la radio locale
Happy Radio. J'adorais appeler le standard le soir,
pour demander un "disque dédicacé"
(!). C'était toujours Madonna, et c'était
toujours "pour mon plaisir personnel" (... j'ai
été fille unique jusqu'à 13 ans !).
Adolescente, j'écoutais Marc Scalia sur NRJ, annoncer
que Vogue était une nouvelle fois "number
one sur la most beautiful radio" !
Puis j'ai succombé au sirop de Chérie FM,
chemin de traverse sansonnien... Etudiante, je me suis longtemps
réveillée avec Jean Lebrun, sur France Culture.
Aujourd'hui, notamment du fait de mon deuxième lit
(!!), je suis scotchée à France Inter. Parmi
les vedettes déjà citées, j'apprécie
Caroline Cartier - la chasseuse de sons. Les réalisations
de Maïté Vasseur. La fraîcheur de Rebecca
Manzoni (même si j'ai trouvé son interview
de Deneuve un peu légère...). Mais celle dont
je souhaiterais parfois reprendre l'écoute, dans
la fourchette fatale minuit/1h30, c'est Macha-Allo-Macha!.
Comme quand j'étais célibataire, les célibataires
se couchant plus tard que les autres... (il paraît
aussi qu'ils fument plus et boivent plus...).
11h53, c'est à Elle.
Elle est descendue de la cabine vitrée où
je la guettais de temps à autre, mon regard allant
de la tribune étonnament visible du Fou du Roi
à la silhouette délicieusement décelable
de Karin, là-haut - une promiscuité qui m'enchante
au-delà du raisonnable.
J'espérais qu'elle chanterait La Sincère en
live intégral, puis un second morceau dans
la deuxième partie de l'émission, propice
à présenter des reprises (... "Dire qu'il
faudra mourir un jour", de Moustaki, par exemple ?).
Malheureusement, diverses contingences font qu'elle n'interprétera
que La Sincère sur une bande enregistrée.
Ce n'est pas bien grave : c'est un passage important et
je suis heureuse d'être là.
Karin est apprêtée comme pour la scène,
ni moins élégante, ni plus chichiteuse...
pas de lunettes noires ! C'est dommage, cela aurait été
follement classe une photo de Karin chantant en Ray Ban,
pour la radio... Arielle Dombasle - qui nous aura quand
même divertis quelque peu, ce n'est pas si mal, regarde
très attentivement les artistes se produisant devant
elle. Et elle focalise sur Karin. Je suppose que les mots
écrits au XIXe de La Sincère "l'interpellent
quelque part", mais cela n'est-il pas un peu trop insistant
? Ce qui m'épate, c'est le contraste entre les atouts
de séduction de l'une et la plastique supernatural
de l'autre. Arielle ne l'a-t-elle pas secrètement
maudite ?
A l'issue de la chanson, je bénis la prise de parole
du chroniqueur Nicolas Rey qui relève que Karin Clercq
est une chanteuse à suivre et qu'il se rendra à
son concert parisien... 10 secondes de promo gagnées
avant que la locomotive du Fou du Roi ne file vers
autre chose, merci Nicolas !
Elle remonte dans la cabine, se prépare à
partir, salue tout le monde. Elle est d'une politesse et
d'une jovialité confondantes. Depuis ma place, pensant
croiser son regard, je lui fais de grands signes, un peu
familiers, pour lui dire "A tout à l'heure !".
Signes qu'elle ne relève pas. Solitude.
Il me faut rappeler, qu'un jour, j'ai travaillé à
Radio France. Enfin, pour être tout à fait
exacte, j'ai travaillé pour l'Ina sur le site de
Radio France. Ce fut une grande chance, j'étais aux
anges de faire partie de l'équipage, d'être
du "paquebot". Et pourtant, c'est un souvenir
mitigé. Je m'y suis parfois sentie
écrasée, étouffée. Les kilomètres
de couloirs - tournant à droite, tournant à
gauche - qui sillonnent les multiples couches de cette fourmilière
m'ont bien souvent donné le vertige. Sans parler
de la tour centrale et de son inhospitabilité redoutable...
D'ailleurs, je n'y ai jamais croisé ni Guy Carlier,
ni Pascale Clark, ni Macha Béranger ! Mais il est
vrai aussi que je n'occupais pas un bon poste. Et qu'une
partie de mon rêve a sans doute été
tronquée par ce désappointement. Dans l'absolu,
j'aimerais y revenir, je l'avoue. Je ne sais absolument
pas si cela se reproduira. Mais mon chemin n'aura de cesse
de croiser et recroiser la Maison Ronde, car l'auditrice
lambda que je suis continuera d'y venir, de temps en temps,
s'asseoir à sa place... celle en contre-bas de la
cabine.
18h34, Miss Neige (3wchristophemiossecpointcom) attend avec
nous l'ouverture des portes du studio Charles Trenet. Deuxième
partie de la journée : on enregistre le Pont des
Artistes de Karin Clercq. Cette émission, cela
fait plus d'un an que je l'attends. J'espérais beaucoup,
à l'époque où j'étais "dans
la place", recevoir Karin & Cie depuis l'entrée
des artistes et l'accompagner comme quelqu'un de la Maison.
Et non. Aujourd'hui, c'est bel et bien elle qui me fait
passer la sécurité !
Son premier Pont des Artistes est devenu une archive
mythique : enregistré en mai 2002, il marquait l'une
des premières étapes de Karin Clercq-chanteuse.
Et à la façon dont Isabelle Dhordain évoque
l'événement, j'imagine qu'il devait y avoir
quelque chose sur son visage et dans sa voix que je ne verrai
ni n'entendrai jamais plus. Une genèse inaccessible
à ma mémoire.
Isabelle Dhordain reçoit Karin une nouvelle fois
avec une grande bienveillance, un réel intérêt,
une saine curiosité pour la comédienne-chanteuse...
on est loin du calamiteux "et sinon, alors... après
l'amour ?...". Elle salue également Guillaume
Jouan à plusieurs reprises. Je déplore que
le plateau soit un peu chargé (4 artistes présentent
chacun 3 titres - timing serré), mais la qualité
est là : Bruno Maman, Chet et Etyl sont tous intéressants
(ce qui me fait penser qu'on souffrira d'autant plus lors
de la prochaine 1ère partie navrante... les programmateurs
ne connaissent-ils donc pas le Pont des Artistes
?). Karin interprète La Sincère, L'Homme qui
pleure et Je suis à toi, merveilleusement bien accompagnée
par Guillaume et Luc.
Ce rendez-vous, ce Pont, tombe à un tout autre moment,
dans un tout autre contexte, que ce que j'aurais pensé.
Mais je le prends tel quel, je le savoure tel quel. C'est
comme ça la vie de groupie de base, depuis que je
connais Karin Clercq.
Quelques heures plus tard, tous attablés, on apprécie
simplement la présence des uns des autres.
Je suis abasourdie par "l'humilité" de
mes voisins de banquette qui n'avouent pas facilement quels
gros vendeurs de disques ils sont. Je les ai croisés
une fois, dans ma course folle, au fin fond du Berry...
Et ce soir je ne les reconnais pas. Petits plaisantins.
:-)
Je fais passer les entrecôtes-frites (je suis à
la chiffonnade de saumon), sans cesser de me demander comment
je peux être là... en-dehors du fait d'avoir
pris le métro dans le bon sens - et j'ai hésité
une seconde !... Alors pour ma défense, pour ne pas
me livrer, pour ne rien avouer, je brandis la banderole
"Jamais son Amie... plutôt mourir, Camarade !".
Mines interdites. Solitude.
JE prends un rateau... ma fourchette... et je mange mon
saumon.
...
N'essayez pas de comprendre mieux que moi de quoi il retourne
exactement, et s'il-vous-plaît ne me posez pas de
questions : le KC&I project est confidentiel.
La clé est protégée.
- Chut -
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