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>> d'une groupie de base

Genèse de "KC&I", texte fondateur écrit pour la Christmas Session de Ciné Xanadu * 2002




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KC and Bab
Karin Clercq et... Barbra.



Karin Clercq... et moi

A l'instar de Vincent Delerm qui chante "Fanny Ardant et Moi", j'ai débuté une relation très indépendante et très immatérielle avec Karin Clercq ( ! ).
De retour d'un coin de Champagne où j'étais partie pour écouter Bernard Lavilliers (et pourquoi pas ?), empruntant un raccourci que je ne trouvai jamais, j'ai allumé l'autoradio branché sur une fréquence locale qui diffusait, à 1 heure du matin sur cette route déserte, les paroles
d'une étrange chanson :


" Progresser, se développer
Se concentrer, bien s'exprimer
Anticiper, évoluer
Et toujours rationaliser

Apprendre, réapprendre
Comprendre, entreprendre
...
"

... La voix était très assurée... mais qu'était-ce donc... ? Une chanson sur la flexibilité, la mondialisation, le PARE ??? La suite m'a fait comprendre les raisons de mon émoi à ce premier contact avec le talent de Karin...

" Se justifier, de dépêcher
s'écraser, la fermer,
Arrêter de téléphoner
Regretter presque d'être née
parce que je ne trouve plus mes clefs
De tout cela, j'en ai assez

Si tu pouvais m'accepter mon amour
sans toujours me refaçonner*...
...
"

[ * Ne pas ]

Voilà on y était... cela me rappelait quelqu'un, quelque chose, enfin bref !, j'ai immédiatement projeté des images très fortes et très personnelles sur cette voix d'outre-tombe (je rappelle que je tournais en rond, quelque part en Champagne, en pleine nuit...).
Tout pouvait commencer.
Mon grand film à moi, comme dans la chanson de Nougaro (sur l'écran noir de mes nuits blanches, cha ba da dida, dida...). Son titre serait : Karin Clercq et moi.

La pochette de l'album est comme une invitation à une avant-première très private, une projection privée : la Belle va vous raconter des histoires, 13 pour être précise, et vous vous les repasserez en boucle car ces histoires sont de celles qu'on veut entendre encore et encore.
L'affiche est alléchante : une Ondine, séductrice. Sirène chantante, Loreleï peut-être. Mais aussi une femme aux traits dissimulés, dont on peut supposer qu'elle se noie... Avec ce titre, Femme X, programme de courts... ça va être un festival.

La plupart des articles sur Karin commencent par ce syllogisme implacable :
"
1. Karin est une comédienne (bruxelloise) qui chante
2. Femme X démarre sur
Pourquoi quand je marche dans la rue,
je passe toujours inaperçue
les gens ne me remarquent pas
comme si je n'existais pas

DONC Karin est une nouvelle chanteuse qui bientôt ne passera plus inaperçue.
"
SIC !!!

Tant de rigueur intellectuelle me cloue.

Alors c'est ça, Karin Clercq est une actrice. On n'en saura guère plus car les médias ne s'intéressent guère à cette carrière. Et pourtant c'est la "clé de voûte" : l'interprétation est renversante.
Karin chante chaque titre - bien - et différemment. Elle devient la voix des personnages écrits par elle. Elle met en scène le dehors et le dedans. Elle donne à voir.
Calez-vous dans le fauteuil.

Ses images peuvent se découper comme des plans de cinéma. Il y a une réelle écriture cinématographique dans ses textes. Il y a aussi le charme des références implicites.
La " Femme X " et son miroir me font davantage penser au Persona de Bergman (le
masque de la comédienne...), qu'à une minable anecdote de fille "pas encore connue mais qui gagne à le devenir". La chanson ne contient-elle pas cette phrase définitive :

" Etre personne, ça me dérange " ...???

Voyez un peu le degré de complexité... ce n'est pas juste un agacement passager. Ce personnage est bel et bien un esprit "dérangé" parce qu'il souffre de "l'épreuve du regard", tel que Sartre nous l'a décrit...

Cinématographiquement parlant, Il y a aussi les terribles flash-back de La chanson d'Anna et Etranger, le split-screen de Kassandre, le champ / contre-champ de Fêlure, ou encore le plan séquence de Désir… etc.

Quand je vous dis que ce n'est pas de la variétoche...

Sur scène, les chansons sont décuplées. Karin tente, incarne. Charme aussi.
Mèches blondes à la Deneuve, elle détache ses cheveux, retire son gilet et regarde droit devant : écoutez la messagère. Elle transmet. Et elle n'est pas là pour ressembler à un sac ( ! ).

L'album s'écoute aussi bien avec attention que comme "fond de vie quotidienne".
C'est même la meilleure façon, quelquefois, de remarquer les imperceptibles mouvements de voix. Ainsi que la musique, grand hommage s'il vous plaît, de Guillaume Jouan (ex alter ego de Miossec), très intuitive, qui habille subtilement les mots de Karin.
Ecoutez la femme rouillée qui "ne fait plus d'effort", ultra convaincante quand elle dit que :

" la ville s'agite
là-bas au loin, délire
et ça court et ça crie
Pour moi tout va trop vite
"

Ecoutez la femme douce dont la voix se casse un peu au moment de comprendre :

" la musique est pour toi comme une dernière alliée - ée "

Ecoutez Anna, à chaque fois saisissante :

"Tu sais, si je suis partie
c'est parce qu'il m'a dit
que ce serait mieux qu'ici
"

... Et Kassandre, tragique, épuisée, "condamnée" :

" Pourquoi n'écoutent-ils pas mes paroles sybillines
j'ai beau les prévenir, ils sont sourds, ils s'obstinent
Le choc les a surpris, les voilà tout en bas,
et moi je reste là, la mort à bout de bras

Eprouver du plaisir pour moi est impossible
"

Une pause fifty avec une reprise de Piaf (Je t'ai dans la peau) ; une "blague", comme elle le dit elle-même, pour Manqué (elle y couine : Sors Diable de ta boîte... je vais bientôt craquer ... en parlant de son amant, enfin surtout de son sexe... ), puis elle nous laisse sur Etranger, titre
qu'elle ne fait apparemment pas sur scène, ou très rarement.

Et pour cause.
Derniers mots :

" A présent je te regarde,
droit dans tes yeux malades
et tu vas disparaître
à jamais de mon être
Car ce soir, je te tue
oui c'est moi qui te tue
".

The End.

Karin Clercq est grave et solaire à la fois.
Très loin des postures sur-médiatisées d'une ex-top model...
Errances, prostitution, folie du monde, pédophilie... Elle ne craint pas d'aborder les thèmes les plus rebutants, de nous livrer les images les plus abruptes.
A la manière de ce que j'ai pu écrire un jour à propos du film "Virgin Suicides", je vous
le demande : oubliez toutes vos blagues sur les blondes.

* Ciné Xanadu est un webzine cinéphile et associatif né à Bordeaux