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Step
back in time.
Nous échangeons nos coordonnées dans le RER B.
Je n'ai jamais fait ça, accepter le n° d'un inconnu… mais
là je sais déjà que je vais le rappeller.
Il est tard, c'est la nuit, le froid de janvier. Nous venons
de quitter le Théâtre de Palaiseau, la soirée est déjà bien
avancée. Karin elle-même, sous l'effet d'un jet lag,
s'est envolée avant nous.
Puis nous nous sommes revus. Plutôt que de se proposer une
simple toile, on est partis - carrément, sur la trilogie
Lucas Belvaux (…). Puis on s'est racontés notre dernière
histoire d'amour malheureuse, devant un thé, des sucreries.
Nous avons entrepris une magnifique ballade parisienne,
dont je ne retrouverais plus le fil aujourd'hui. Elle nous
a conduits jusqu'à cette perspective magnifique entre les
Champs et le Louvre, via la Concorde. Une perspective enchantée.
Je ne me rappelle pas l'heure à laquelle je suis rentrée.
Lui & Elle.
1 an plus tard, Il y a presque 6 mois que je ne l'ai
pas revue.
Je retrouve Karin en nuisette, elle est dans les coulisses
de la pièce " Cocori & Co ". Ici, à Ottignies, un théâtre
où elle a débuté. Elle dit avoir choisi la même loge que
la toute première fois. Sous son maquillage de scène elle
a un teint superbe.
Elle, c'est une Barbra zozottante qu'elle retrouve. My
name is Darla (les spectateurs du " Monde de Nemo "
apprécieront…). A woman in love aussi, une
Amoureuse qui souhaitait la revoir 1 an plus tard, 1 an
après le concert de Palaiseau où Barbra a trouvé son Barry
Gibb…
" C'est la délégation du fan-club de Karin Clercq ",
a également dit quelqu'un.
( … les yeux au ciel… ).
Et bien oui, c'est un anniversaire, c'est un feu de joie,
un feu d'artifice…
et c'est Cocori qui commence ! ! !
Miss Marmelstein.
Oh, why is it always Miss Marmelstein
? Miss Marmelstein ? Miss Marmelstein ?
Other girls get called by their first names right away
They get cozy intimate ... Do you know what I mean ?
… A l'inverse de cette pauvre secrétaire, Josy est
bel et bien sexy et on l'appelle par son prénom… mais son
entrée sur scène se fait dans la douleur puisque son patron,
le tyran M. Cocori, la désarticule comme une poupée mécanique,
sans faire grand cas de ses humeurs de femme-enfant, proie
du 1er Bobby qui passe…
Karin interprète 3 personnages dans "Cocori
& Co". Outre "l'abandonnée" de
secrétaire, elle est la femme de ménage au
look impossible, puis Jacqueline Eastwood, la DRH qui viole
les candidats au poste de commercial... C'est assez étonnant
de la voir ainsi sortir d'elle-même, interpréter
avec un naturel confondant une partition somme toute assez
outrageuse. Elle reconnait elle-même que, quand tout
est écrit, elle se permet tout, elle est capable
de toutes les audaces. La redécouvrir ici, faire
connaissance avec une autre facette de son talent, fut un
immense plaisir.
Cui Cui
"Cocori & Co" est une judicieuse pièce
sur le monde de l'entreprise. Ses 2 auteurs (Gabriel Alloing
et Yvan Tjolle) y croquent de savoureux portraits de salariés,
conditionnés tant par leur poste, leur rang dans
la hiérarchie, que par l'hypocrisie de leur propre
masque social. Les pauvres ouailles de cette usine de poulets
vont subir l'épreuve de vérité, au-travers
l'ingestion d'un café malencontreusement agrémenté
d'une "poudre magique". Un sucre spécial
du genre "cocaïne" - pour vous donner une
idée des effets...
Chacun va alors s'abandonner à son vrai "moi",
dans un délire individuel et collectif qui ne trouvera
sa résolution que dans le dialogue et l'aveu final
du "tortionnaire principal", le directeur lui-même,
M. Cocori.
Ce serait un grand tort de réduire Cocori &
Co à un malicieux jeu de rôles inter-entreprise.
C'est une véritable histoire, qui tout en s'appuyant
sur l'environnement schématisé du travail,
questionne nos travers de pantins gagne-pains, nos ambitions,
nos angoisses, nos frustrations, nos idéaux...Tout
ce que nous sommes, finalement, mais que nous dissimulons
aux heures fixes de la pointeuse. Il y a d'ailleurs des
personnages qui vont bien au-delà de la caricature
divertissante (l'ouvrier, méprisé même
par les femmes de ménage - les intouchables ont la
vie dure, qui une fois les barrières comportementales
tombées, fomente la révolution et le renversement
du pouvoir). Il y a aussi de belles trouvailles dans le
détournement des chansons (this is a musical !)
ainsi Annie Malier, entonnant sur l'air "D'avec le
temps" de Léo Ferré :
"toute ma vie
toute ma vie, j'ai rêvé
d'être une hôtesse de l'air"
...
... Ou encore les femmes de ménage, sur l'air de
"The Wall" des Pink Floyd :
"Hey ! Big Boss : vas-y prend la brosse !".
Les comédiens sont prodigieux, les performances sont
étonnantes. Yvan Tjolle est notamment un homo vieillissant
mais très très vert, irrésistible.
Pierre Lafleur semble pouvoir tout jouer dans un laps de
temps de marathonien. Il est un informaticien boutonneux
plus vrai que nature, un patron renfrogné bourré
de tics... en passant par le gogo dancer latex et
le livreur sexy boy...
J'ai particulièrement aimé la prestation de
Rachel Luxen. Elle m'a fait pensé aux femmes de théâtre
que je côtoyais, adolescente, quand moi aussi je prenais
des cours et avais des rêve de Tardieu ou d'Antigone
disant à Hémon : « parce que jamais, jamais,
je ne pourrai t'épouser »... Et bien Rachel Luxen a
la voix, la présence de ces femmes auprès
desquelles je me disais que j'apprenais beaucoup. Chouette
réminiscence.
...
Les clés de la bagnole.
Pour un week-end en amoureux, on peut dire que Fred et moi
nous sommes peu regardés l’un l’autre.... pour le coup,
nous avons même beaucoup regardé ensemble dans la même direction
! Nous n’avons eu d’yeux finalement que pour notre marraine-fée,
tantôt blonde, tantôt brune ; la maman du présent et l'adolescente
du passé.
C'est la première fois que le basculement est total, que
je ne ressens pas qu’il me faut repasser de l’autre côté
au moment de rentrer… Mais cela peut-il vraiment se reproduire
? Cette visite "des amis français" va-t-elle-s’inscrire
dans le temps ?
Ce qui me restera aussi de ce week-end d’hiver en Belgique...
ce sont de lointaines mélodies, de familières histoires.
13 pour être exacte. Que j’oublierai au fil des jours, que
j’ai même déjà oublié, en partie. Mais ce que j’en sais,
en revanche, avec certitude et clarté, c’est que
ce sont les pièces d’une nouvelle Femme X, de celle qui
a définitivement détaché ses cheveux et retiré son gilet.
La femme derrière le X, telle qu’en elle-même, et qui nous
plaît comme ça… terriblement.
Qu'elle le sache.
*
Non, Manu... ce n'est pas une référence à
ton rire...
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