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>> d'une groupie de base

Avant l'amour




"Après l'amour" de Diane Kurys
Dans un aveu semblable au mien - les chansons du nouvel album de Karin lui trottent dans la tête, particulièrement "Après l'amour", Fred m'a offert ce film... au titre si familier désormais... et si obsessionel...



Il n'est plus question de voir la Tour Eiffel scintiller sur les coups de 6 heures.
D'une part parce que nous sommes au printemps, à 18 heures il fait sacrément jour ! D'autre part parce que je ne travaille plus à la Maison de la Radio. Ce court épisode de mon expérience professionnelle est clôt. J'ai retrouvé ma colline du 94.
L'Ina, qui est toujours mon employeur alors que je ne devais faire que passer, me confie de nouvelles responsabilités, de celles dont je n'aurais jamais osé rêver à l'époque où je vendais "des frites et du poulet"
pour le compte d'une grande enseigne française de cafétéria (...).
Aujourd'hui, je suis intégralement plongée dans l'histoire de la radio et de la télévision.
Je furète partout, je surfe sur les années. Je satisfais aussi mes souvenirs voilés d'adolescente, en retrouvant les images de Madonna lors des MTV awards, chantant Like a virgin à peine vêtue d'une culotte et d'un porte-jarretelles sous un voile de mariée... Je prends également rendez-vous avec ma Véronique Sanson préférée, celle de 1972. Je visionne enfin le Champs-Elysées mythique de 1983, celui où Michel Drucker a reçu Barbra Streisand en direct à 20h30 !
...
Je me tourne vers mes vieilles icônes.
J'interroge la base : "karin clercq" ? Non, il ne la connait pas. Sans doute qu'avec un peu de doigté je lui ferais au moins recracher le Slap avec Miossec, mais je n'essaye pas. Ce résultat est significatif, concret : Celle à qui je pense tous les jours n'est pas fichée à l'Ina.
Elle est trop "présente", justement. Trop actuelle... et trop absente aussi.

J'ai laissé son affiche à la Maison de la radio. Je suis partie sans la décrocher pour qu'elle continue de parler d'elle aux visiteurs. Y'est-elle encore ? Quelqu'un l'a-t-il emportée ?
J'ai failli appeler cette page "Lost in transition", parce que cette coupure et ce décalage calendaire sont destabilisants. Parce que de toute évidence Karin opère une inconfortable transition, et que moi-même achève seulement de me débarasser d'une lointaine peau.
Une bonne copine, Miss Neige, qui aime bien me lire pendant sa pause déjeuner (!), m'avoue plutôt rigoler quand je parle ici de Mr Wrong. Ce à quoi j'ai bien evidemment répondu que "tout ira mieux quand je n'en parlerai plus". Et c'est presque bon. J'ai exorcisé les derniers mauvais restes lors du concert de Cali, fin mars, au Bataclan. J'ai transpiré et hurlé de tout mon corps contre celui qui, trop longtemps, a hanté le meilleur de moi. Avec Cali j'ai compris comme j'ai pu être Mi-maître, mi esclave dans cette relation : j'en ai bavé, j'ai été une carpette, une moins que rien, mais j'ai aussi été cette salope "juste bonne à sucer des pokemons". Lors de ce concert - dans une salle où Karin est passée, où nous étions venus ensemble et où je n'étais jamais revenue depuis - j'ai compris que ma souffrance, légitime, pouvait être expurgée dans une cérémonie folle, tout comme je pouvais prendre pour moi ce torrent d'insultes : je lui en ai aussi mis plein la gueule à ce con !!!!!!!!!!

J'ai quitté les plaines agricoles de Montesson. Je suis devenue une "vraie parisienne".
Car je saisis pleinement, depuis peu, la deuxième chance que Dieu a bien voulu m'accorder (oui, elle est si gigantesque que je ne vois pas à quoi d'autre l'attribuer) : celle de rencontrer Fred - à un concert de Karin Clercq... cette histoire que nous racontons encore et encore nous rendra-t-elle aussi mythique que le couple Camille/Jean-Baptiste dans Indochine ?, celle de refaire sa vie, de revivre en couple en se disant que, non, finalement, renoncer à une vie ce n'est pas renoncer à sa vie. Je ne suis pas une héroïne de Maupassant : je n'ai pas grillé mon capital plaisir sur un seul coup de poker. Je suis bien plus banale et bien moins romantique que cela...
Le concert en Bretagne a lieu pendant cette transition. Entre deux contrats, entre deux maisons, à deux doigts de me "dépoisser" du passé. Femme X a vécu, elle est fétichisée maintenant et c'est d'ailleurs un excellent destin qui se prépare pour elle, celui de l'album culte qui aura plusieurs vies. On est une petite poignée qui pourrons nous dire : on y était.
Femme X a été pour moi plus qu'une transition : une rupture. La possibilité, enfin, de vivre pour soi et par soi-même. "Rupture" et "transition" filent avec le temps, pour laisser place à autre chose, à une nouvelle phase : nous sommes avant l'amour...

"Après l'amour" est le titre du second album de Karin Clercq.
Peut-être qu'il ne faut pas le dire, peut-être qu'il changera encore... On pourra toujours attribuer ma certitude à une rumeur de groupie folle furieuse. Après tout, pourquoi n'y-aurait-il que Madonna qui ait droit aux rumeurs les plus fantasques ???
"Après l'amour" c'est une chanson d'Aznavour (et de Karin), et c'est aussi un film de Diane Kurys, de 1992. Je ne sais pas si elle l'a vu. Il alimente en tout cas assez bien le débat "qu'est-ce qu'il y a après l'amour... rien ?". Le titre du film propose en premier lieu une interprétation de type mythologique : après l'amour, la punition (divine). Mais il démontre aussi à maintes reprises : "après l'amour, les enfants". Et plus encore : "après l'amour, encore l'amour".
...
Et dire que Karin fait le tour de tout ça dans un nouvel album encore inédit.

Ma transition s'achève, la sienne se prolonge.
Quel sera le prochain rendez-vous ?