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>> d'une groupie de base

Madonna, Barbra, Véro... et les autres (Karin Clercq)




Véronique... c'est mon nom
1973. Véronique Sanson n'a pas encore tout plaqué pour l'Amérique. Toute sa vie, tout ce qu'elle est, tous ceux qui l'entourent. Elle est encore, pour peu de temps, cet ange blond au potentiel incroyable autour de laquelle tous les grands pros de l'époque se pâment.
Cette photo est issue de la Photothèque de l'Ina. Une archive qui nous rappelle une histoire lointaine mais fondatrice, que ni Ardisson ni aucun journaliste rompu à la promo ne nous racontera jamais.
© Ina

[ mars 2005 : je ne peux laisser ce commentaire sans ajouter que, à ce jour, seul Didier Varrod aura réussi à nous rendre cette mémoire - MERCI à lui ! ]



Véronique réapparaît. Ces deux mots forment un texto reçu de mon père.
Depuis quelques jours, les messages se succèdent. On pense à moi, on me fait signe, on me prévient : "Véronique Sanson est sur la 2 !", "J'ai entendu Véronique Sanson à la radio !".
Je souris. Cette Femme vient d'entamer sa grande tournée promotionnelle, et son image soudainement présente médiatiquement ramène pleins de gens à mon souvenir.
C'est drôle, c'est un peu ma rentrée.
Depuis le 5 septembre, tous les fantômes qui traînent au fond de mon sac de fille me font un festival.

Ce n'est pas exactement mon premier souvenir de Madonna, mais celui-là est très ancré : décembre 1985, je suis en classe de neige et j'ai 9 ans. Je me lève tous les matins en chantant, dans un anglais approximatif, "Into the groove", et je danse jusqu'à la salle de bain collective. Cette chanson, cette fille décomplexée et libre, c'est une révolution pour moi. Je suis une gamine qui rêve, et cette américaine ultra-maquillée en mini-jupe, dont je comprends qu'elle est suivie par des foules entières, me happe irréversiblement... et ça durera quelques années.
19 ans plus tard, je la vois en chair et en os. A deux minutes du show, elle est un nuage de paillettes bleues qui se contorsionne et qui exécute toutes sortes de mouvements de type "yoga". Mes amis et moi sommes littéralement en transe : Madonna est là, en coulisses, en train de faire les derniers gestes rituels d'avant-concert !... Tout le reste n'est plus qu'un long rêve. J'avoue que j'attends un peu le DVD du "Re-invention Tour" pour me rendre compte de ce qui s'est passé ce soir-là... Du haut de ses 20 ans de carrière, Madonna a enfin la légitimité d'une artiste qui peut saluer plusieurs générations de fans. C'est ce qu'elle a fait sur cette tournée, et la génération des gamines de 9 ans en 1985 a bel et bien versé sa petite larme...

J'ai commencé à acheter tous les CD de Véronique Sanson à partir de 1992. Un an plus tard je la découvrais en concert, puis je n'ai cessé de la retrouver - annuellement (en Province, on attend sagement que sa vedette revienne !) jusqu'à un pic mémorable à Toulouse où j'ai pu lui parler (et la faire rire ! ça je n'oublierai jamais !). Pourquoi Véro ? ... A 16 ans, je troublais mes interlocuteurs quand je leur disais que j'avais la sensation d'être tout ce qu'elle est. Le fait est qu'il me semble la connaître très bien, et la comprendre. C'est discret, c'est doux, c'est anti "fan de". Mais Véro c'est comme ça, elle est dans mon coeur et je pourrais pleurer très fort pour elle.
Son "retour" est une joie bien evidemment. Mais je m'étais aussi résolue à ne plus la revoir et ne plus l'entendre. Il y a une vérité que son public connaît et qui échappe totalement aux médias. Et c'est bien ce qui me peine aujourd'hui, d'avoir vécu - avec les autres "fans", ces fameuses dernières années d'"absence" (les tournées annulées, le CD sans cesse repoussé...), et de savoir, par conséquent, que la ferveur était toujours là, très grande, fidèle. Que son public l'a accompagnée et soutenue jusqu'à ce retour, qu'il n'a cessé de lui dire comme il l'aimait et comme il serait patient. Malheureusement, elle l'avoue : ces dernières années ont été très pénibles. Et tout ce qu'un fan peut croire tombe ici en pièces. C'est une drôle de leçon du star-system : un public nombreux, amoureux, attentif ne suffit pas à combler la vie de quelqu'un.
...

A 21 ans, j'étais une femme au foyer. Des études pratiquement ratées, un petit boulot pour vivre de peu chose, à la manière d'une ménagère des années 50. Jamais la dernière à 14 heures pour suivre "Les Feux de l'Amour" à la télé (comme la mamie du rez-de chaussée d'ailleurs, qui mettait le son tellement fort que j'aurais pu le couper chez moi...). C'est dans un vrai grand moment de solitude que je suis tombée sur Barbra Streisand.
La gamine qui rêve et qui a aimé Madonna est maintenant une grande fille qui rêve et qui est bouleversée par Hollywood. Par la grandiloquence hollywoodienne - celle raillée dans Mulholland Drive, par le clinquant des stars inaccessibles à qui des millions de personnes vouent un culte sans fond. Cette période de ma vie est propice à ce que je m'identifie à toutes les sténodactylos et toutes les shampouineuses (hommes et femmes...) US, clientes n°1 de la Diva. Je suis la cousine française des "Roses de second choix" et je crois bien que Barbra a été ma drogue dure pendant quelques temps... En septembre dernier, j'ai pu regarder à mon tour (les européens passent toujours longtemps après...) son Actors Studio mené par James Lipton. Streisand est véritablement digne d'être une Reine. Et le trône que lui a offert cette émission a achevé de célébrer son aura, l'une des plus puissantes de ces 40 dernières années. C'est si impressionnant. ... Certes, elle a consciencieusement zappé tous ses navets, mais je reste si baba de Babs !!!

Derrière ces grandes ombres, ces grandes figures... il y a Karin.
Tout le monde entend Sanson et pense à moi. Mais s'ils savaient comme tout cela n'est que de la nostalgie et de l'affection reconnaissante. Celle que je suis aujourd'hui ressemble à une autre femme, à une femme active, artiste, XYZ, dans une autre ville, une autre capitale.
Les liens sont les moins entretenus par les mass media et les plus ténus, serrés, qu'il m'ait été donné de connaître. J'ai passé une chaîne de montagnes depuis Elle.
Madonna, Barbra, Véro... ce sont les racines, bien sûr c'est un peu mon histoire. Mais je pourrais presque regarder Karin depuis le fond de la salle, désormais. Je me sens apaisée vis-à-vis de ma StarMania.
Enfin... qu'est-ce que je ferai, et qu'est-ce que je dirai vraiment, le 15 octobre ???