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Véronique
réapparaît. Ces
deux mots forment un texto reçu de mon père.
Depuis quelques jours, les messages se succèdent.
On pense à moi, on me fait signe, on me prévient
: "Véronique Sanson est sur la 2 !", "J'ai
entendu Véronique Sanson à la radio !".
Je souris. Cette Femme vient d'entamer sa grande tournée
promotionnelle, et son image soudainement présente
médiatiquement ramène pleins de gens à
mon souvenir.
C'est drôle, c'est un peu ma rentrée.
Depuis le 5 septembre, tous les fantômes qui traînent
au fond de mon sac de fille me font un festival.
Ce n'est pas exactement mon premier souvenir de Madonna,
mais celui-là est très ancré : décembre
1985, je suis en classe de neige et j'ai 9 ans. Je me lève
tous les matins en chantant, dans un anglais approximatif,
"Into the groove", et je danse jusqu'à
la salle de bain collective. Cette chanson, cette fille
décomplexée et libre, c'est une révolution
pour moi. Je suis une gamine qui rêve, et cette américaine
ultra-maquillée en mini-jupe, dont je comprends qu'elle
est suivie par des foules entières, me happe irréversiblement...
et ça durera quelques années.
19 ans plus tard, je la vois en chair et en os. A deux minutes
du show, elle est un nuage de paillettes bleues qui
se contorsionne et qui exécute toutes sortes de mouvements
de type "yoga". Mes amis et moi sommes littéralement
en transe : Madonna est là, en coulisses, en train
de faire les derniers gestes rituels d'avant-concert !...
Tout le reste n'est plus qu'un long rêve. J'avoue
que j'attends un peu le DVD du "Re-invention Tour"
pour me rendre compte de ce qui s'est passé ce soir-là...
Du haut de ses 20 ans de carrière, Madonna a enfin
la légitimité d'une artiste qui peut saluer
plusieurs générations de fans. C'est ce qu'elle
a fait sur cette tournée, et la génération
des gamines de 9 ans en 1985 a bel et bien versé
sa petite larme...
J'ai commencé à acheter tous les CD de Véronique
Sanson à partir de 1992. Un an plus tard je la découvrais
en concert, puis je n'ai cessé de la retrouver -
annuellement (en Province, on attend sagement que sa vedette
revienne !) jusqu'à un pic mémorable à
Toulouse où j'ai pu lui parler (et la faire rire
! ça je n'oublierai jamais !). Pourquoi Véro
? ... A 16 ans, je troublais mes interlocuteurs quand je
leur disais que j'avais la sensation d'être tout ce
qu'elle est. Le fait est qu'il me semble la connaître
très bien, et la comprendre. C'est discret, c'est
doux, c'est anti "fan de". Mais Véro c'est
comme ça, elle est dans mon coeur et je pourrais
pleurer très fort pour elle.
Son "retour" est une joie bien evidemment. Mais
je m'étais aussi résolue à ne plus
la revoir et ne plus l'entendre. Il y a une vérité
que son public connaît et qui échappe totalement
aux médias. Et c'est bien ce qui me peine aujourd'hui,
d'avoir vécu - avec les autres "fans",
ces fameuses dernières années d'"absence"
(les tournées annulées, le CD sans cesse repoussé...),
et de savoir, par conséquent, que la ferveur était
toujours là, très grande, fidèle. Que
son public l'a accompagnée et soutenue jusqu'à
ce retour, qu'il n'a cessé de lui dire comme il l'aimait
et comme il serait patient. Malheureusement, elle l'avoue
: ces dernières années ont été
très pénibles. Et tout ce qu'un fan peut croire
tombe ici en pièces. C'est une drôle de leçon
du star-system : un public nombreux, amoureux, attentif
ne suffit pas à combler la vie de quelqu'un.
...
A 21 ans, j'étais une femme au foyer. Des études
pratiquement ratées, un petit boulot pour vivre de
peu chose, à la manière d'une ménagère
des années 50. Jamais la dernière à
14 heures pour suivre "Les Feux de l'Amour" à
la télé (comme la mamie du rez-de chaussée
d'ailleurs, qui mettait le son tellement fort que j'aurais
pu le couper chez moi...). C'est dans un vrai grand moment
de solitude que je suis tombée sur Barbra Streisand.
La gamine qui rêve et qui a aimé Madonna est
maintenant une grande fille qui rêve et qui est bouleversée
par Hollywood. Par la grandiloquence hollywoodienne - celle
raillée dans Mulholland Drive, par le clinquant
des stars inaccessibles à qui des millions de personnes
vouent un culte sans fond. Cette période de ma vie
est propice à ce que je m'identifie à toutes
les sténodactylos et toutes les shampouineuses (hommes
et femmes...) US, clientes n°1 de la Diva. Je suis la
cousine française des "Roses de second choix"
et je crois bien que Barbra a été ma drogue
dure pendant quelques temps... En septembre dernier, j'ai
pu regarder à mon tour (les européens passent
toujours longtemps après...) son Actors Studio
mené par James Lipton. Streisand est véritablement
digne d'être une Reine. Et le trône que lui
a offert cette émission a achevé de célébrer
son aura, l'une des plus puissantes de ces 40 dernières
années. C'est si impressionnant. ... Certes, elle
a consciencieusement zappé tous ses navets, mais
je reste si baba de Babs !!!
Derrière ces grandes ombres, ces grandes figures...
il y a Karin.
Tout le monde entend Sanson et pense à moi. Mais
s'ils savaient comme tout cela n'est que de la nostalgie
et de l'affection reconnaissante. Celle que je suis aujourd'hui
ressemble à une autre femme, à une femme active,
artiste, XYZ, dans une autre ville, une autre capitale.
Les liens sont les moins entretenus par les mass media et
les plus ténus, serrés, qu'il m'ait été
donné de connaître. J'ai passé une chaîne
de montagnes depuis Elle.
Madonna, Barbra, Véro... ce sont les racines, bien
sûr c'est un peu mon histoire. Mais je pourrais presque
regarder Karin depuis le fond de la salle, désormais.
Je me sens apaisée vis-à-vis de ma StarMania.
Enfin... qu'est-ce que je ferai, et qu'est-ce que je dirai
vraiment, le 15 octobre ???
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