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Samedi 31 mai 2003 - Théâtre des Bains Douches

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Le Berry est une région tout à fait charmante, Lignières un village tout à fait adorable. Mais son petit plus, c'est sans conteste ce plateau d'argent tendu à la chanson française, comme si l'endroit en cristallisait toute la poésie et la mémoire... A l'image de la place Anne Sylvestre, face au théâtre, sur laquelle j'ai demandé à Fred de poser... à 2 heures du matin.



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La récolte de photos du concert de Lignières est si mauvaise, que j'aime autant vous présenter ici un travail très original : Cathy Beauvallet est illustratrice. Elle a crayonné tous les artistes du festival L'Air du Temps pendant leur live... J'aime la façon dont elle a choisi de représenter Karin, avec une bonne assise, les jambes bien ancrées au sol : le concert est rude, mais elle nous montre par son aplomb qu'elle est là et bien là !

Cathy Beauvallet est établie à Villebarou (41) - pour la contacter :
cathy.beauvallet@wanadoo.fr




Le concert de Lignières a été d'office placé sous le signe du rêve.
J'allais à la poste... et en lieu et place des habituelles boîtes "Paris" et "Province", il y en avait une troisième : "Karin Clercq".

A mon réveil, mon homme, déjà devant son ordinateur, me dit : "il y a une nouvelle date pour Karin... Lignières, dans le Berry !".

Ce petit week-end pour nous, total in love, s'inscrit dans un week-end long de quatre jours.
C'est donc absolument reposés, frais et dispos que nous abordons les quelques heures de route à faire sous un soleil de plomb.
Sans être angoissée par ces retrouvailles avec KC et le Groupe, ce sont les premières depuis la publication du site, et je sens qu'il traîne encore quelques malentendus sur sa mission qu'il faudrait que j'ai le courage de formuler devant Elle... Cela créé une relative impatience qui me fait me trémousser sur le siège de la voiture... que c'est long, mon Dieu, que c'est long !
Arrivés à Lignières - après l'étape Châteauroux pour prendre possession de notre chambre d'hôtel - nous tournons un peu en rond dans le village et autour de la place "Anne Sylvestre"... L'enseigne du théâtre est si discrète qu'il nous faudra un certain temps pour la repérer. En revanche, ce que je vois partout et qui me fait chaud au coeur, ce sont les gigantesques affiches de "Karin Clercq en concert" qui jalonnent tout le village. Règne une ambiance de fête, on sent que toutes les têtes d'affiches qui sont passées depuis mercredi, jour d'ouverture de ce festival dédié à la chanson, ont laissé une empreinte joyeuse et festive.

Vers 20 heures, nous nous dirigeons vers l'entrée très confidentielle du théâtre.
Il y a une file d'attente qui s'allonge de minute en minute dans l'étroite ruelle. Fred et moi regardons ceux qui nous entourent et restons un peu stupéfaits... la moyenne d'âge est assez élevée... Les commentaires sont de l'ordre du "c'est bien gentil les concerts, mais ça nous fait quand même rater l'heure du dîner !"... ... On s'interroge d'ores et déjà sur l'accueil qu'ils vont faire au rock à la fois sensuel et cérébral de la Femme X...
Comme le remarque Fred, tout le monde fait la bise au Monsieur qui est à l'entrée - tout le monde se connaît ! - pas moi, je me contente de donner mon nom à la dame assise à la billeterie improvisée, qui me répond : "il faudra rester debout, on a été prévenus trop tard !".
Oui, ce jour-là, j'étais VIP, invitée quoi (...).
C'était trop de bonheur jusqu'à ce qu'une autre dame, avec l'autorité d'une maîtresse d'école, nous somme de nous pousser vers le fond de la salle. Debout, certes, et c'est très bien comme ça !, mais loin au fond... et sans espoir de retour.

C'est donc de loin (bon ça va, dans une salle de 300 personnes, avec balcon, c'est un "loin" encore gérable !!!), que je vois mes musiciens préférés entrer un par un, Jules, Fred, Guillaume, Eva... L'intro de Femme X démarre et c'est une Karin déjà décoiffée qui paraît à son tour.
Dans la fameuse petite robe noire que je n'avais encore jamais vue, pieds nus - cela semble désormais définitif ! - elle incarne plusieurs des femmes de l'album qui me sont si familières à présent... Les applaudissements sont polis. Le public attend qu'on vienne le cueillir, c'est un challenge très difficile... Guillaume se demande s'ils dorment... Karin répond, "mais non ils ont chaud !", en s'épongeant, comme le ferait une championne à Roland-Garros...
Quelque fois sa voix retombe, ne soutient pas toutes les paroles comme il le faudrait, mais Karin, classe - comme cela se dit dans son entourage, lutte pour offrir un très bon show malgré les conditions difficiles. J'imagine bien certaines Divas refuser de chanter (à Lignières, oui evidemment !... mais ce n'est pas ça que je voulais dire !!!) par une température pareille dans un théâtre mal équipé...
Fred et moi essayons de créer de l'ambiance, on crie, on dit bravo, on applaudit de toutes nos forces... ça décolle mollement.
Je crains que le rappel ne soit sucré... Je n'ai pris encore aucune photo, de peur que l'institutrice revienne et me jette pour de bon cette fois !!!
Je réentends "Dangereuse", que je ne connais que par le concert de Liège, et je me dis que cette chanson fonctionne décidément incroyablement bien... Elle a d'ailleurs suscité un certain mouvement dans les rangs..."Kassandre" et "Cavale" ont été retiré de ce set light, à conserver tel quel si jamais un jour le Groupe devait jouer chez Michel Drucker... ...
Sauf ! et ça ce fut LE point fort du concert [ heureusements qu'un allemand n'était pas dans la salle, vu comme un simple "top rouge" peut les faire fantasmer - cf la presse que Karin a eu outre-Rhin ] : "Manqué", chantée dans des conditions de moiteur extrême et terriblement bien roucoulée par Karin, qui a même réussi à me faire passer quelques frissons...
Elle sort de scène en faisant des bonds. C'est fini. On a le droit de sortir de l'étuve.

A l'extérieur, les commentaires sont dubitatifs. Les hommes regardent l'affiche et essayent de faire le rapprochement avec la femme qu'ils viennent de voir ( ! ), une dame s'offusque de toutes les clopes fumées par Guillaume... globalement Karin a interloqué. Dommage, ils auraient bien fait une petite sieste avant Blankass, les enfants du pays ! Mais là, ça n'a pas été possible : elle est venue les chatouiller, et ils ne peuvent pas dire que ça leur a déplu...

Moi je boue à l'intérieur, je suis dans une drôle de torpeur, tant piquée de curiosité (mais où est-elle ?) que sonnée (mais où suis-je ?)... Je promène des yeux hagards sur tout ce petit monde... Faut-il vraiment re-rentrer dans la salle ? Bin oui, c'est Blankass ! (soupirs).
Je prends le temps d'échanger un mot avec une illustratrice qui a crayonné tous les artistes du festival - elle a fait un dessin de Karin dans une posture très volontaire - , je me reproche également d'être aussi nulle en comm' ce soir, et je me terre dans un coin du théâtre pendant que Blankass ratisse bien large.
Au rappel, je n'en peux plus je sors de la salle.
Il fait si bon dehors, je me reproche de ne pas l'avoir fait plus tôt. (grrr !).
Je vais voir les personnes à l'entrée, je leur demande si Karin Clercq est encore là... "c'est pour signer l'affiche ? - euh, non...".
Et puis elle arrive.
Et puis on passe un petit moment ensemble.

Les choses à dire ont été dites, je crois. Le comportement à avoir a bien été celui que j'ai eu, je crois. C'est incroyable car quand je la regarde, je vois une femme qui doute. Celle qui a eu 30 ans-un enfant-un album-et tout ça en quelques heures- comme elle le dit elle-même, est une femme qui doute encore de l'orientation que pourrait prendre sa carrière, du jonglage incessant entre deux noms et deux métiers, une artiste qui doute de sa capacité à donner au public et à le cueillir, comme celui de Lignières attendait qu'elle le fasse, ce soir...
Je suis émue, je la trouve si touchante.
Tout ce que je pourrais répondre deviendrait un compliment... que puis-je lui dire, alors ?
Je regarde les fines et minuscules ridules autour de ses yeux (elle va m'en vouloir à mort d'écrire ça) qui rendent son regard si hypnotique.
Ne pas la connaître trop.
Rester... dans le public.

De retour à l'hôtel, je suis déjà dans un demi-songe.
Et quand je pose la tête sur l'oreiller... je me vois à New York.
Partout, même dans le tube, les affiches de Femme X... le film ( ! ). Ce film passe en boucle dans une salle de la ville. Les gens ne savent pas qui est Karin Clercq, mais la rumeur veut la découvrir. A l'écran, un portrait de femme, filmé caméra à l'épaule. Une Lulu contemporaine, le miroir de mille fascinations. Je vais voir et revoir le film...
Ne pas rallumer la lumière.
Rester... de l'autre côté de mon rêve.

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