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Jeudi
18 mars, j'ai posé un jour de congé "RTT".
Je me prélasse un peu à Montesson avant de
rejoindre Fred du côté de Versailles, sur la
route de la Bretagne, car lui a travaillé aujourd'hui,
nous nous donnons RDV aux heures de sortie de bureau.
Les quatre jours qui sont devant nous sont très importants
car c'est une période difficile.
Fred travaille trop, il est stressé. Moi je travaille
"mal", accolée à une supérieure
qui me méprise et qui me fait compter les jours avant
la fin de mon contrat. Et puis le très récent
attentat à Madrid m'a glacée : est-ce ça
la vie ? Se consumer pour son boulot, perdre 1/10ème
de son temps quotidien dans les transports, devenir consommateur
dès qu'on a un peu de temps et quand tombe le chèque,
puis sauter dans un attentat, être la chair à
canon de gens inconnus, de considérations "supérieures",
inatteignables, incompréhensibles ???
Je vais mal.
Je redoute le chemin que j'ai choisi. Celui de la gentille
citadine qui bosse-consomme-s'y perd.
Dans la voiture, il fait nuit, on écoute Miossec.
On commence à se détendre, je me sens même
presque bien.
"Tout ce qu'on n'a pas vu venir
Tout ce qu'on a laissé faire
Tout ce qui aurait dû nous endurcir
Tout ce que nous ont appris nos pères
Désolé pour
la poussière
Désolé pour
la poussière
..."
Pas d'hôtel cette fois, on arrive dans la splendide
maison blanche et bleue des parents de Fred. Il y fait froid
à l'intérieur et des draps sont posés
sur tous les meubles, mais je m'y sens déjà
bien, accueillie, apaisée. Je me livre à cette
maison, elle devient le garant de mon sentiment de sécurité
et de repos pour ces quatre prochains jours... dans les
bras, aussi, de my man...
Le concert est déjà demain et je m'endors,
lourdement.
Vendredi après-midi : repérage à Lanester.
La presse locale annonce le concert de Karin - on a bien
vérifié !, on cherche maintenant la salle.
On la trouve bien vite, après que j'ai poussé
un grand cri en tendant les mains vers les diverses affiches
de notre familière sirène, éparpillées
un peu partout dans la ville. Fred ne me remercie pas de
cette soudaine pointe d'hystérie (...).
Le soir je me pomponne, je repose 1000 paillettes sur mes
yeux, comme au temps de Liège quand Guillaume avait
trouvé ça aveuglant !
On arrive tôt, nous sommes presque seuls - la soirée
ne s'annonce pas sold out.
Et là je ne comprends pas, et là je pousse
un peu mon coup de gueule : mais enfin où sont les
bretons si loquaces dans les forums ? Mais enfin comment
rater ça, en quelque sorte la présentation
en avant-première du nouvel album ??? Je suis dépitée,
j'entre dans la petite salle un peu "théâtre"
où des rangées de fauteuils nous attendent.
Au premier rang, nous allons avoir le plus luxueux des
show-case. Encore un moment unique, encore un.
Le groupe, enfin le trio Karin-Guillaume-Jules, ne nous
font pas attendre longtemps. Ils entrent tout humblement
et tout simplement, prennent place. Karin nous explique
un peu ce qu'ils vont jouer pour nous. C'est "ma"
Karin d'hiver qui est là ce soir, pas de robe de
gala, c'est celle que j'ai connue en premier. Alors que
Fred, lui, l'a d'abord connue en robe de gala. Et oui, c'est
pas pareil !!!
Elle semble tout à fait à l'aise, elle nous
dit qu'ils vont jouer des titres de Femme X, premier
album, mais également 9 nouvelles chansons, celles
du deuxième album... à sortir fin août,
début septembre. Aïe, voilà l'information
qui fait mal. Mince, si tard... mais que s'est-il passé
?
Je ne sais plus si elle dit à ce moment là
le titre de ce nouvel album, "Après l'amour"...
Mais quelle que soit la date de sortie, on le sait ils vont
nous en chanter de larges extraits, il existe, et c'est
que pour nous, ici et maintenant.
"Femme X" introduit le set, comme tous les autres.
La formation à trois fonctionne superbement. Je suis
aux anges.
Premier inédit au troisième titre : Lover.
La voix grave de Karin nous parle d'un homme (X ???) qui
séduit les femmes. C'est un peu sa raison d'être...
son ergon comme diraient les grecs (bon ça
va, j'ai pas fait 3 ans de philo pour rien !!!). J'adore
cette chanson, elle peut devenir très vite entêtante.
Elle reste. La compassion, l'empathie presque, d'une femme
pour ce Dom Juan de Monop' est très touchante. Et
montre que Karin sait aussi parler des hommes. Et ne me
citez pas l'ex top-model à la noix, svp !
Franchise est le second inédit. Une chanson
d'une grande émotion. Une déclamation, une
demande solennelle de se repencher sur le passé,
afin de savoir, peut-être - et c'est presque fou,
si ce qui s'est passé entre 2 personnes était
la seule solution. Avoir la franchise de savoir, avoir la
franchise de le dire. Une phrase me revient plus ou moins
: "Sait-on jamais si le bon choix est fait, sait-on
jamais si". Je rêve d'entendre un jour cette
chanson en piano-voix.
A louer. Une chanson que Karin introduit en disant
: "Et si derrière chaque maison se cachait...
une femme". J'ai souri la première fois que
j'ai entendu cette chanson, car pour une fille d'architecte
qui a construis sa maison et pleins d'autres maisons, c'est
pas banal de l'entendre personnifier 4 murs et 1 toit :
"Charmante maison célibataire... cherche
locataire, de caractère". Devinez quoi ?
J'adore.
Sur le fil. Chanson importante pour Karin, qui représente
bien l'album. Elle est proche, dans sa tonalité,
de l'esprit "Femme X' - l'album, pris dans sa globalité.
Car cette chanson repointe un thème cher à
Karin : le fait d'être en décalage, au bord
du gouffre, sur le fil... du rasoir.
Après l'amour, la chanson-titre. Tout comme
"Lover", l'air s'installe bien vite dans notre
tête. Elle affronte son sujet : après l'amour
physique... que communique-t-on encore à l'autre,
et comment ? Après avoir fusionné, dans quelles
Nuées communes ou séparées sommes-nous
? C'est beau, c'est à prendre tel quel, ça
revient dans les moments intimes...
Dire qu'on va mourir un jour... reprise de Georges
Moustaki. Une chanson qui lui va très bien, les
arrangements cartonnent : 10/10 !!!
La Sincère... une "reprise" aussi,
enfin plutôt la mise en musique d'un poème
écrit par une poétesse du XIXème siècle
: Marceline
Desbordes-Valmore. Une femme au destin assez sombre,
dont l'oeuvre est particulièrement saluée
pour sa musicalité et sa précision à
exprimer des sentiments intérieurs complexes, souvent
déchirants. Une façon de mieux connaître
Karin...
A fleur de peau... J'avoue que j'ai peu de souvenirs
de cette chanson, je la cerne moins.
Enfin, l'homme qui pleure. Morceau d'une grande beauté.
Notre Femme X brille décidément tout
autant en nous parlant des hommes.
Le set a été long, 21 chansons au final -
dont le frémissant "Etranger" en acoustique
: c'est un concert remarquable. Guillaume et Jules ont super
bien gratté, eux déplorent des couacs mais
nous, on n'en sait rien ! Karin a très bien posé
sa voix, elle a gagné beaucoup de force également
à s'exprimer entre les chansons. Je crois savoir
qu'elle s'était préparée toutes sortes
de petites amorces... elle s'en est écartée
et n'en a que plus équilibré sa prestation
: une vraie réussite !
L'événement "rigolo" de la soirée
a été le moment où elle a renversé
sa bouteille d'eau au pied de son micro, chantant alors
"la chanson d'Anna" les bottes dans une grande
flaque... ce qui a considérablement dédramatisé
les malheurs de la pauvre fille ! Sa requête, discrète
mais ferme, d'une "loque" afin d'éponger
l'eau a créé un long malentendu... et oui,
problème de vocabulaire franco-belge !!!
Nous sommes passés "backstage" (...), nous
sommes restés un peu avec tous.
Sans dire que nous nous racontons nos vies, Karin et moi
parlons un peu comme des voisines. Je me sens dans un certain
brouillard, quelle est la nature de nos relations ? Son
succès, bientôt, repositionnera certainement
pas mal de choses. Je ne sais plus bien ce qui est légitime
ou fantasmé dans ce que je ressens pour elle.
L'album étant repoussé, tout le reste va de
pair : concerts, promo... les rendez-vous s'éloignent,
elle me dit que nous n'allons pas nous revoir de si tôt,
qu'il restera... les mails ! C'est comme si d'un coup je
voyais un grand et lourd rideau rouge tomber sur elle. Je
pourrais être triste, mais je le refuse au regard
de ce que je vis en ce moment. Même Barbra sait être
un peu adulte ! Il faut faire la part des choses. Chacune
a sa vie. De chaque côté du rideau il y a à
faire.
Sur ce, le concert breton, hors du temps, est fini.
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