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Vendredi 19 mars 2004 - Salle Jean Vilar

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RDV dans la galerie !
Certes, manque Guillaume Jouan sur cette photo. Mais ce beau tandem, Karin Clercq - Jules Mauviel, m'a permis de moins regretter de ne pas avoir pu me rendre à Sarrebruck, en juillet 2003...

Jeudi 18 mars, j'ai posé un jour de congé "RTT". Je me prélasse un peu à Montesson avant de rejoindre Fred du côté de Versailles, sur la route de la Bretagne, car lui a travaillé aujourd'hui, nous nous donnons RDV aux heures de sortie de bureau.
Les quatre jours qui sont devant nous sont très importants car c'est une période difficile.
Fred travaille trop, il est stressé. Moi je travaille "mal", accolée à une supérieure qui me méprise et qui me fait compter les jours avant la fin de mon contrat. Et puis le très récent attentat à Madrid m'a glacée : est-ce ça la vie ? Se consumer pour son boulot, perdre 1/10ème de son temps quotidien dans les transports, devenir consommateur dès qu'on a un peu de temps et quand tombe le chèque, puis sauter dans un attentat, être la chair à canon de gens inconnus, de considérations "supérieures", inatteignables, incompréhensibles ???
Je vais mal.
Je redoute le chemin que j'ai choisi. Celui de la gentille citadine qui bosse-consomme-s'y perd.

Dans la voiture, il fait nuit, on écoute Miossec. On commence à se détendre, je me sens même presque bien.
"Tout ce qu'on n'a pas vu venir
Tout ce qu'on a laissé faire
Tout ce qui aurait dû nous endurcir
Tout ce que nous ont appris nos pères

Désolé pour
la poussière
Désolé pour
la poussière
..."

Pas d'hôtel cette fois, on arrive dans la splendide maison blanche et bleue des parents de Fred. Il y fait froid à l'intérieur et des draps sont posés sur tous les meubles, mais je m'y sens déjà bien, accueillie, apaisée. Je me livre à cette maison, elle devient le garant de mon sentiment de sécurité et de repos pour ces quatre prochains jours... dans les bras, aussi, de my man...
Le concert est déjà demain et je m'endors, lourdement.

Vendredi après-midi : repérage à Lanester. La presse locale annonce le concert de Karin - on a bien vérifié !, on cherche maintenant la salle. On la trouve bien vite, après que j'ai poussé un grand cri en tendant les mains vers les diverses affiches de notre familière sirène, éparpillées un peu partout dans la ville. Fred ne me remercie pas de cette soudaine pointe d'hystérie (...).
Le soir je me pomponne, je repose 1000 paillettes sur mes yeux, comme au temps de Liège quand Guillaume avait trouvé ça aveuglant !
On arrive tôt, nous sommes presque seuls - la soirée ne s'annonce pas sold out.
Et là je ne comprends pas, et là je pousse un peu mon coup de gueule : mais enfin où sont les bretons si loquaces dans les forums ? Mais enfin comment rater ça, en quelque sorte la présentation en avant-première du nouvel album ??? Je suis dépitée, j'entre dans la petite salle un peu "théâtre" où des rangées de fauteuils nous attendent. Au premier rang, nous allons avoir le plus luxueux des show-case. Encore un moment unique, encore un.
Le groupe, enfin le trio Karin-Guillaume-Jules, ne nous font pas attendre longtemps. Ils entrent tout humblement et tout simplement, prennent place. Karin nous explique un peu ce qu'ils vont jouer pour nous. C'est "ma" Karin d'hiver qui est là ce soir, pas de robe de gala, c'est celle que j'ai connue en premier. Alors que Fred, lui, l'a d'abord connue en robe de gala. Et oui, c'est pas pareil !!!
Elle semble tout à fait à l'aise, elle nous dit qu'ils vont jouer des titres de Femme X, premier album, mais également 9 nouvelles chansons, celles du deuxième album... à sortir fin août, début septembre. Aïe, voilà l'information qui fait mal. Mince, si tard... mais que s'est-il passé ?
Je ne sais plus si elle dit à ce moment là le titre de ce nouvel album, "Après l'amour"... Mais quelle que soit la date de sortie, on le sait ils vont nous en chanter de larges extraits, il existe, et c'est que pour nous, ici et maintenant.
"Femme X" introduit le set, comme tous les autres. La formation à trois fonctionne superbement. Je suis aux anges.
Premier inédit au troisième titre : Lover. La voix grave de Karin nous parle d'un homme (X ???) qui séduit les femmes. C'est un peu sa raison d'être... son ergon comme diraient les grecs (bon ça va, j'ai pas fait 3 ans de philo pour rien !!!). J'adore cette chanson, elle peut devenir très vite entêtante. Elle reste. La compassion, l'empathie presque, d'une femme pour ce Dom Juan de Monop' est très touchante. Et montre que Karin sait aussi parler des hommes. Et ne me citez pas l'ex top-model à la noix, svp !
Franchise est le second inédit. Une chanson d'une grande émotion. Une déclamation, une demande solennelle de se repencher sur le passé, afin de savoir, peut-être - et c'est presque fou, si ce qui s'est passé entre 2 personnes était la seule solution. Avoir la franchise de savoir, avoir la franchise de le dire. Une phrase me revient plus ou moins : "Sait-on jamais si le bon choix est fait, sait-on jamais si". Je rêve d'entendre un jour cette chanson en piano-voix.
A louer. Une chanson que Karin introduit en disant : "Et si derrière chaque maison se cachait... une femme". J'ai souri la première fois que j'ai entendu cette chanson, car pour une fille d'architecte qui a construis sa maison et pleins d'autres maisons, c'est pas banal de l'entendre personnifier 4 murs et 1 toit : "Charmante maison célibataire... cherche locataire, de caractère". Devinez quoi ? J'adore.
Sur le fil. Chanson importante pour Karin, qui représente bien l'album. Elle est proche, dans sa tonalité, de l'esprit "Femme X' - l'album, pris dans sa globalité. Car cette chanson repointe un thème cher à Karin : le fait d'être en décalage, au bord du gouffre, sur le fil... du rasoir.
Après l'amour, la chanson-titre. Tout comme "Lover", l'air s'installe bien vite dans notre tête. Elle affronte son sujet : après l'amour physique... que communique-t-on encore à l'autre, et comment ? Après avoir fusionné, dans quelles Nuées communes ou séparées sommes-nous ? C'est beau, c'est à prendre tel quel, ça revient dans les moments intimes...
Dire qu'on va mourir un jour... reprise de Georges Moustaki. Une chanson qui lui va très bien, les arrangements cartonnent : 10/10 !!!
La Sincère... une "reprise" aussi, enfin plutôt la mise en musique d'un poème écrit par une poétesse du XIXème siècle : Marceline Desbordes-Valmore. Une femme au destin assez sombre, dont l'oeuvre est particulièrement saluée pour sa musicalité et sa précision à exprimer des sentiments intérieurs complexes, souvent déchirants. Une façon de mieux connaître Karin...
A fleur de peau... J'avoue que j'ai peu de souvenirs de cette chanson, je la cerne moins.
Enfin, l'homme qui pleure. Morceau d'une grande beauté. Notre Femme X brille décidément tout autant en nous parlant des hommes.

Le set a été long, 21 chansons au final - dont le frémissant "Etranger" en acoustique : c'est un concert remarquable. Guillaume et Jules ont super bien gratté, eux déplorent des couacs mais nous, on n'en sait rien ! Karin a très bien posé sa voix, elle a gagné beaucoup de force également à s'exprimer entre les chansons. Je crois savoir qu'elle s'était préparée toutes sortes de petites amorces... elle s'en est écartée et n'en a que plus équilibré sa prestation : une vraie réussite !
L'événement "rigolo" de la soirée a été le moment où elle a renversé sa bouteille d'eau au pied de son micro, chantant alors "la chanson d'Anna" les bottes dans une grande flaque... ce qui a considérablement dédramatisé les malheurs de la pauvre fille ! Sa requête, discrète mais ferme, d'une "loque" afin d'éponger l'eau a créé un long malentendu... et oui, problème de vocabulaire franco-belge !!!
Nous sommes passés "backstage" (...), nous sommes restés un peu avec tous.
Sans dire que nous nous racontons nos vies, Karin et moi parlons un peu comme des voisines. Je me sens dans un certain brouillard, quelle est la nature de nos relations ? Son succès, bientôt, repositionnera certainement pas mal de choses. Je ne sais plus bien ce qui est légitime ou fantasmé dans ce que je ressens pour elle.
L'album étant repoussé, tout le reste va de pair : concerts, promo... les rendez-vous s'éloignent, elle me dit que nous n'allons pas nous revoir de si tôt, qu'il restera... les mails ! C'est comme si d'un coup je voyais un grand et lourd rideau rouge tomber sur elle. Je pourrais être triste, mais je le refuse au regard de ce que je vis en ce moment. Même Barbra sait être un peu adulte ! Il faut faire la part des choses. Chacune a sa vie. De chaque côté du rideau il y a à faire.
Sur ce, le concert breton, hors du temps, est fini.