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Belle
journée qui s'annonce, celle où je fais la
tournée des docteurs...
11 heures, le généraliste. Depuis une semaine
je fais mes dix heures par jour avec une angine carabinée.
La veille au soir, je me suis retrouvée pratiquement
aphone alors que je me rendais au vernissage d'une expo
sur les robes de Sylvie Vartan. Et pourtant, entre les lamés
à paillettes et les tuniques de squaw à perles
et à franges, il y avait de quoi s'exclamer très
haut !
13 heures, l'orthodontiste. Vous savez, je vous en ai vaguement
parlé en janvier
Darla, la méchante
petite fille qui fait peur aux poissons
enfin, bref
!
My Honey Fred et moi finissons par quitter Paris
dans l'après-midi... comme deux petits vieux s'offrant,
en lieu et place d'un week-end romantique, une promenade
de santé, le pochon de médicaments et la boîte
de mouchoirs toujours à portée de main. Nous
dialoguons peu mais nous toussons beaucoup. Au comble de
l'ambiance, je finis même par m'endormir dans la voiture
pour n'ouvrir l'oeil qu'au moment de passer la frontière
belge. Tiens, comme elles sont familières ces routes
ces panneaux, ces maisons. Je vous épargne les pérégrinations
du couple de parisiens qui n'a pas réservé
d'hôtel (ni loué ses places de concert...).
A 20 heures, nous parvenons quand même à nous
attabler devant la scène du "Palace", à
La Louvière. L'atmosphère
du lieu oscille entre cabaret intimiste pour Liza Minelli
et Zénith complet pour Garou
un pur morceau
de Belgique !!! Nous avons été accueilli par
le large sourire d'Adeline et c'est toujours chouette de
croiser et recroiser les "compagnons de route",
ceux qui partagent nos rêves. Et le temps passe alors
tout cela n'est en rien anodin. Mais je ne réalise
pas bien, en fait, comment je suis arrivée là.
C'est une date que je n'ai pas attendu. Sans Fred, je ne
serai pas là ce soir. Depuis quelques temps, je mène
une vie imbécile je le sais, je me vois faire, mais
je ne lutte pas. Toute mon énergie et mon courage
passent dans mon job : j'ai cédé au célébrissime
Métro-Boulot-Dodo ! Je suis un automate sans
grande aura féminine (... pas le genre Sean Young
dans Blade Runner, si vous voulez...).. Et comme
ce soir je suis sous antibiotique, je ne peux même
pas me remonter avec une petite chopine !
Quand Karin entre sur scène, je la trouve plus belle
que jamais. Ses cheveux sont attachés mais je devine
qu'ils sont plus longs (de 7 mois plus longs !), différents.
Quand elle les détachera, je verrai le dégradé
qui semble les rendre plus épais. Et ils sont bien
plus longs. Et elle est très belle, et je me fiche
bien que ça lui déplaise de le savoir.
Femme X est encore la première de toutes les
femmes
et de tous les hommes car Karin chante à
présent beaucoup sur les hommes, et pour les hommes.
Quelques mois après l'avant-première bretonne,
sorte de numéro 0 du show, l'avant-première
belge, primeur de la nouvelle formation acoustique à
3. Avec un nouveau guitariste : Luc Page, un breton (
sans vouloir polémiquer, ça se voit un petit
peu
). Les Mauviel Bros me manqueront, que de souvenirs
leur humour, leur bonne humeur, leurs blagues impossibles.
Mais la vie est faite de toutes sortes de rendez-vous, alors...
Karin présente plusieurs morceaux de l'album inédit,
"Après l'amour" (...). Ces chansons sont
pour moi totalement intégrées, même
si je me laisse surprendre par " La Sincère
", qui est jouée sur un tempo plus emballé
que celui que je connaissais. " A fleur de peau "
m'étonne aussi. Karin a voulu lui donner une introduction
très personnelle qui l'a submergée d'émotion,
et du coup, cela m'a glissé une clé pour mieux
la comprendre. Elle a été exceptionnelle sur
plusieurs interprétations, mais encore une fois,
c'est " Kassandre " qui a été un
moment unique, un sommet ! La sensation d'assister à
un happening un peu punk, une chanson-fleuve déclamée,
saturée, avec toutes ces lumières rouges
Toujours les lumières rouges, les mêmes qu'au
premier Bataclan
Me prend une envie très forte
de jeter chaises et tables parterre et de me libérer,
enfin !, de tout ce qui m'oppresse depuis quelques temps
Mais il ne se passe rien, parce que ce n'est pas ici qu'il
faut agir. Ici, je reste à ma place. Et peut-être
qu'Elle perçoit que je suis un peu triste. C'est
vrai que je suis un peu triste de me renier comme je le
fais, de me soumettre ainsi
aux obligations... et de venir à un concert de Karin
Clercq comme si c'était un soir habituel. "Dangereuse"
me plaît terriblement, j'ai l'impression d'entendre
Karin aligner tubes sur tubes. Dans ma torpeur, je reçois
ce spectacle comme étant des retrouvailles au plus
haut niveau, ai-je hiberné ou quoi ? Pour moi tout
est bon, tout est fort, tout existe. Combien d'années
de carrière ? Combien d'albums ??? Pourquoi en sommes-nous
toujours là, à poursuivre Karin & Cie
pour espérer profiter de leur travail ? Va-t-il falloir
maintenant aller jusqu'au Canada ?? Attention, Bab la Fanatique
va vous dire ce qu'elle pense de tout ça : je n'écoute
plus Femme X. Je ne peux plus, il m'est directement
i-podé dans la moëlle épinière,
je sais exactement ce qu'il y a sur ce disque.
J'aime la façon dont Karin dit oui au hommes, dit
non aux hommes, devient petite, est la plus grande, comme
elle s'abandonne ou tire les ficelles. J'aime sa spontanéité,
l'émotion palpable, sa force de jeu quand elle laisse
éclater son rire et s'amuse de nous emmener là
où elle le décide. Je ne veux plus rien d'autre.
Madonna, ce sont des souvenirs d'enfance, Véro -
c'est acquis, est impossible à oublier même
quand on n'aime pas son dernier album, Streisand c'est un
anti-douleurs. Le rose sirop de ma précédente
vie de femme mariée et solitaire. Sur l'air de "Ne
pas", j'ai pu rompre avec mon dernier amant mortifère
; depuis j'ai 28 ans et rien que sur la base de mon boulot
Enorme je peux affirmer à quel point je suis accompagnée
par cette artiste. Comme elle me vivifie, comme elle me
renforce.... et comme elle me fait rêver !!! Où
sont passés mes rêves ? Mais ils sont chez
elle ! Alors la Fanatique emm... ceux qui jugent et intellectualisent
chaque mouvement de main ou chaque façon de finir
une phrase et j'attends que ce groupe, qui est prêt,
existe enfin (à nouveau) médiatiquement.
Pour en revenir au concert (...), j'ai aimé le travail
de mise en scène, l'occupation de l'espace. Guillaume
nous a offert un peu de trompette et nous a touchés
droit au coeur : on avait beau jeu de le chambrer par la
suite, il nous avait surtout tous super ému ! Et
surprise, il y avait un inédit : "Jusqu'à
demain", qui colle à 100% à la liste
énoncée
plus haut de tout ce
que j'aime chez Karin. Banco, c'est exactement ça.
Dernier verre après le concert. Guillaume est tout
content de ce bar dans lequel nous allons en face de la
salle : les néons roses et bleus, le côté
populaire du lieu l'emballent. Je suis comme lui. Karin
me présente la jeune femme brune à côté
d'elle, elle l'attrape par les épaules et s'enthousiasme
"c'est toute l'adolescence !". Et là mon
cerveau s'est arrêté une seconde. J'ai revu
cette carte que j'avais voulu lui écrire un jour,
sur internet. Il y avait une blonde et une brune rapprochées
comme maintenant, là en face de moi. Le design était
joli quoiqu'un peu sorti d'une publicité "Bourjois".
Et je me rappelle que le côté "amitié"
affiché par l'e-card avait fini par me gêner,
je ne lui avais pas envoyé. Je comprends à
présent que c'était elle, la brune. Ce n'est
pas moi, la brune. Alors la fan idiote pose un doigt devant
sa bouche et se demande "mais qui suis-je, moi, dans
toute cette histoire ?". Et là je crois entrevoir
là réponse. Celle induite, inconsciemment,
par cette joie de me présenter "toute [son]
adolescence". Je suis sa biographe. "Karin Clercq
et moi" nous entrediendrons dans une quarantaine d'années,
pour un projet éditorial, de
toute cette vie passée et de cette carrière
incroyable dont j'aurai été l'un des témoins
privilégiés. ...
En partant, le nouveau guitariste, Luc Page, a déploré
que nous n'ayons pas été présentés.
Je lui ai répondu que nous allions beaucoup nous
revoir. Bienvenue dans ces pages, Luc...
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