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Moi,
petite Heïdi des Alpes (enfin... du 7ème arrondissement
de Lyon - métro Saxe-Gambetta...), je n'avais jamais
traversé la frontière suisse. Il aura fallu
attendre 27 ans - et Karin Clercq, pour que je passe du
côté du pays du fromage fondu. C'était
en juillet 2003, alors que je devenais la plus débridée
des festivalières du Paléo, à Nyon
(...).
Mars 2005, retour en Suisse. Karin Clercq, encore une fois,
y donne un concert en première partie de Dominique
A (Tout sera comme avant... cf.
mon journal en décembre dernier).
Cerise sur le gâteau : ce week-end à Genève
est un cadeau de mon Valentin. Cette fois, pas de routes
interminables ni d'aires de pique-nique, mais le doux ronron
du TGV. Cette nuit, pas de camping non classé, seulement
le confort indécent d'un 5 étoiles. Et dire
que les seuls cadeaux de mon ex furent 2 CD - dont 1 gravé
(...) .
Samedi matin : je ne suis évidemment pas prête
à l'heure imposée par Fred - ce Tyran. C'est
donc en courant que nous partons vers la Gare de Lyon...
Pas maquillée, je croise les doigts pour ne rencontrer
personne que je connaisse (... étais-je seulement
reconnaissable ?). Je ne vais pas m'étendre trop
longtemps sur le doux ronron du TGV à l'arrêt,
à 20 km de Paris, pendant 2 heures (3 heures de retard
à l'arrivée... mais j'étais maquillée
!), pour tout reprendre depuis... la salle de bain du Métropole.
Ma lectrice du lunch-time, Miss Neige, m'avait déjà
bien brieffée : à peine entrée dans
nos appartements, j'enfile chaussons et peignoir épais
et je squatte la salle de bain - avec télévision
(!). Je n'ai plus qu'une demi-heure avant l'ouverture des
portes du Casino-Théâtre, et cette salle de
bain... a été magique. Elle m'a offert la
place, et m'a donné le temps, de tout reprendre à
zéro : douche, coiffure, maquillage. Les miroirs,
les lumières, le sèche-cheveux se sont occupés
de moi. Et c'est habillée comme pour fêter
le réveillon du Millenium, surbrushée (je
ne connaissais pas cet aspect de ma nature de cheveux...),
que je saute dans un tram et que j'arrive - à l'heure
pour l'ouverture des portes, au Casino-Théâtre.
Sur place, tout le monde est habillé... normalement.
J'essaye d'aplatir ma choucroute et de prendre l'air détaché
d'une fille en jean dans ma robe à paillettes, puis
Fred et moi choisissons une place raisonnable, point trop
exposée, vers le sixième rang gauche. Le fan-club
est là, certes, mais sans banderoles. Discrétion,
discrétion (!!!). Je vais me livrer à une
dernière parenthèse mais, vraiment, je n'aurais
jamais pensé que la Femme genevoise soit autant doudoune
et moon boots (... excusez-moi, mais nous ne sommes
pas non plus à 2000 mètres !), et même
si parfois la doudoune est en vison, je suis globalement
assez déçue du manque d'élégance
de Madame. Si vous saviez ce que l'on peut voir à
Arcachon en matière de toilettes... Enfin ! Ce sont
de vieux souvenirs...
La scène est prête pour Karin & ses Hommes.
Le Métronome nous salue, ils vont être les
premiers. Rapide présentation de la soirée
- du groupe "belge" qui va suivre, puis Karin,
Guillaume et Luc s'installent. La scène est large
et profonde, la salle est très profonde : les rangées
de fauteuils rouges semblent sans fin. Les garçons
en arrière-plan, Karin est seule face à un
auditoire silencieux et impossible à embrasser. Bel
accueil. Le "ça va ?" qu'elle lui lance
revient presque comme un écho lointain qui n'aurait
rencontré âme qui vive...
Je crois que le set a commencé par "Après
l'amour". La voix n'est pas assurée (... mais
elle a chanté juste !, dixit La Diva herself)
et le dispositif acoustique peine à dégeler
l'atmosphère. Je me tasse dans mon fauteuil et je
triture ma robe : les chansons sont si belles, si piquantes,
j'attends qu'un suisse secourable leur tende la main...
mais que fait la Croix-Rouge ? Les chansons du nouvel album
sont particulièrement à l'honneur, c'est un
petit miracle de les entendre hors de mon disque dur cervical,
puis ce sont les bonnes vieillles "Kassandre"
et "La chanson d'Anna" qui offrent de grands pics
d'émotion, à me retourner l'estomac. Je connais
la valeur de ce qui se déroule maintenant et ce public-là,
Mon Dieu !, reste trop engoncé. Des applaudissement
chaleureux surgissent tout de même, je vous rassure.
Mais le show est court et, surtout... il n'y a pas de rappel.
Personnellement, je ne pense même pas qu'un rappel
soit prévu car ils ont eu 1 heure et il y a quand
même 5 groupes programmés ce soir. Dominique
A est la tête d'affiche, on ne peut pas le faire passer
à 1 heure du mat'... Mais c'est vrai, c'est un peu
surprenant, après un dernier "Dangereuse"
endiablé, le public a dit un simple "au revoir
et merci". On peut aussi considérer qu'il a
déjà soif et déjà mal aux jambes...
Il fait très chaud et les rangs sont serrés.
Les concerts alternent entre la scène du Théâtre
et le foyer. Nous entendons Pauline Croze au loin, on ne
se déplace pas. Je ne ferai pas connaissance avec
la brunette ce soir, j'ai toujours préféré
la blonde, toujours... Fred et moi restons là, devant
la scène qui lentement se démonte. J'entends
une jeune fille qui retrouve des amis, festivalière
enthousiaste : "jusqu'ici, que du bon !!!". J'en
entends un autre, qui déplore un rock "trop
lisse et trop poli"... bin voyons, de la part de quelqu'un
dont la chemise impeccablement repassée est savamment
rentrée dans un jean tout aussi clean, je trouve
ça un peu fort de café !! Monsieur est peut-être
plus raccord avec un Evan Dando vomissant sur scène
???
Nous passons backstage, toujours aussi maladroits
au moment d'aller réellement à la rencontre
de nos étoiles. Je m'attends bien à ce que
la troupe ne danse pas unanimement la carmagnole, mais enfin
de là à voir cet abattement... Non, alors
là non les artistes ! On peut donner et ne rien recevoir
du public. L'échange n'est ni obligatoire, ni systématique.
Une première partie est toujours un peu ingrate.
Une salle comme celle-ci est toujours un peu à double-tranchant.
Je refuse de voir ceux que j'ai suivis 14 fois depuis ce
soir (... dois-je m'en vanter ??) - enfin, pas toi Luc,
pas encore !, se flageller ainsi (Merci Monsieur A d'avoir
un peu dédramatisé tout ça !) car je
sais bien qu'ils sont prêts. Il y a un an, c'était
Lanester... et ce grand rideau rouge tombé si lourdement.
"C'est beau l'histoire d'une carrière"...
un leitmotiv pour Elle comme pour moi, tout ce dernier été
passé à construire le lendemain et à
relire le web livre de Barbra & Co... Une histoire fabuleuse
et réelle, prête à se dérouler
à l'appel d'une simple adresse. La bonne clé
"trapèze" dans la bonne serrure "trapèze",
douce et apaisante logique de la maison à clés...
Maintenant on change de sujet, inutile de s'apesantir des
heures (!), ce soir on parle "horreur économique"
et Alessandro Baricco dans les coulisses... mais en filigrane
de ces discussions exaltées, je ne peux oublier que,
quand sur scène Karin a annoncé la sortie
de son nouvel album, elle n'a pas donné de date,
elle a balbutié une sorte de compte à rebours
"2 semaines, 4 jours...". J'ai ajouté pour
moi-même "5 heures, 12 secondes...". Ce
final countdown est presque dérisoire, il
y a une souffrance que le concert de ce soir a mis à
jour, sans ambiguité.
Bon allez... un p'tit blanc pour la route.
Au moment de partir, Guillaume nous attrape et nous entraîne
dans une espèce de cagibi, pour se livrer à
des photos interdites coiffés de casques de pompier...
Guillaume, dont j'embrasse une nouvelle fois la joue le
plus fort que je peux. J'aimerais tellement, à chaque
fois, que cela reste gravé, que ça puisse
lui rappeler après qu'il est quelqu'un que j'aime
d'une façon spéciale, toute l'année,
et pas seulement dans les coulisses des concerts de Karin.
Des fois je tombe sur une photo, ou je vois une archive
- il est sur une plage avec 2 autres types bizarres (...),
et j'ai du mal à me dire que je connais la même
personne.
Je ne peux toujours pas aborder, comme ça [ claquement
de doigts ], Guillaume Jouan.
Sur
le chemin du retour, le TGV pour Paris n'a accusé
aucun retard. Pas une seule minute.
Saloperie de compte à rebours, quand même.
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