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Venir seule
en Belgique afin d'y retrouver Karin & Cie, y passer
la (les) fête(s) de la musique comme
ça, seule à recevoir toutes les émotions,
seule à se remémorer, seule à s'accorder
un temps pour soi - comme une sorte de recueillement, de
pause reconnaissante... cette perspective a été
terriblement excitante et je l'ai attendue avec impatience
durant plusieurs semaines...
Pourtant, quand je dis au revoir à Fred ce vendredi
matin, je suis à deux doigts de fondre en larmes.
C'est si difficile de le quitter. S'éloigner de lui,
même un simple lundi matin - quand je sais qu'à
l'issue de ma journée de travail je vais rentrer
dans ma maison, et pas la sienne - me fait souvent ressentir
une vraie tristesse, et une vraie détresse.
Je crois que ce sont un peu des yeux apeurés que
je plonge dans les siens avant de partir prendre mon Thalys,
avec mon billet si précieux et si religieusement
conservé jusqu'au jour J...
... Mais lui, beaucoup plus décontracté, ne
s'inquiète nullement.
J'essaye de lui faire dire quelque chose qui va dans ce
sens : il est d'un calme olympien, il est d'une sagesse
absolue. Un "monstre de zénitude" comme
dit de lui mon pote Olivier...
Encore une fois, il n'y a que moi qui s'affole.
Mon voyage en belgique, c'est d'abord une histoire de trains...
et de gares.
Le RER B, plutôt familier, pour me rendre jusqu'à
Charle de Gaulle. Puis la gare TGV, froide et déshumanisée,
qui précipite mon angoisse. J'hésite à
acheter le Vogue américain... et puis je me rappelle
que je suis venue pour faire le point avec moi-même,
que ce n'est pas le moment de me remplir la tête avec
ces conneries ! Je trouve le voyage long, le paysage triste,
et le temps affreux. On n'est même pas arrivé
à Lille que déjà le coeur me serre.
Pourquoi suis-je partie ?
Paradoxalement, c'est cette appréhension qui me fait
réaliser qu'il fallait le faire. Quitter le
cocon parisien, 48 heures. Quitter la matrice. Me déconnecter.
Plus de PC, à peine un "GSM", pas de compagnon
de voyage, personne qui m'attend. Seule et responsable.
Autonome. "JE" pars. Elle quitte tout... 48 heures.
A Bruxelles-Midi, tout va rapidement mieux. Il est 12h30,
la gare est une fourmilière.
Je me réjouis de prendre ce petit train de banlieue
qui dans une heure me laissera en gare de Binche. Je regarde
tout. J'écoute les gens. Des fois je ris, me retenant
à peine ! Oh cet accent quand même... des fois
il me semble entendre Karin ; mais oui, elle dit les choses
comme ça ! Et le vocabulaire... la longue conversation
de mes voisins de banquette sur "les mails en copies
carbone cachées" ! C'est mon 3ème train,
je ne suis nullement lassée. La joie reprend le dessus,
je savoure de partager ce moment ordinaire, avec des gens
qui viennent de "débaucher" et qui rentrent
chez eux (en banlieue, comme moi quand je reprends mon RER
A) et qui sont en week-end.
L'arrivée à Binche est bien plus magique pour
moi que ma récente découverte de Disney Village
(!). J'ai les yeux tout écarquillés : la gare
est sublime. Je prends mon temps, je marche à petit
pas. Je ne hâte rien, tant pis pour la faim, le trajet
et le sac, je comprends que je suis arrivée au bon
endroit... je suis off line. Je me décide
à me rendre à l'hôtel en premier, me
débarrasser de mon bagage. Je trouve très
facilement. Aux pieds des remparts, magnifiques, "l'hôtel
des remparts" (...) me reçoit divinement bien.
Délivrée de ma crainte et de ma peine à
avoir quitté l'homme que j'aime, l'histoire peut
commencer...
Je décide rapidement de partir en repérage.
Je dégotte une carte de Binche à l'office
du tourisme désert, et je m'engouffre tant dans les
ruelles discrètes que dans les avenues bondées,
ouvertes sur la braderie. Quand je découvre la rue
Lucien Rolland, je suis étonnée, l'endroit
est curieux : une rue étroite, coupée pour
accueillir la scène, en pente, bordée de petites
maisons habitées par des personnes âgées...
J'y reste un peu, je flâne. Un organisateur me demande
: "je peux vous aider Madame ?". Toute cette partie
fut un drôle de temps, étiré et solitaire.
Quand je reviens, deux heures plus tard, je ne suis plus
dans un train à regarder paresseusement le paysage...
je suis emportée par une locomotive folle qui va
m'amener au bout de la nuit.
Assise sur un banc en pierre, je regarde le premier groupe
de la soirée, distraitement. Je guette des visages
connus ou susceptibles de l'être... Autour de moi
de jeunes enfants jouent. Ils font la course, faisant exprès
de de me toucher le genou à chaque fois qu'ils passent
près de moi. La maman rit : ils doivent aimer (déjà
!) la sensation des résilles ! Mais j'aperçois
le Tricheur, et je laisse les coquins en herbe pour parler,
enfin !, avec quelqu'un qui me connaisse dans cette ville
étrangère. La machine est lancée, elle
ne s'arrêtera plus. Dans un mouvement qui me dépasse,
je retrouve rapidement tout le groupe, puis ce sera Naix
et Adeline, M. le Webmaster (qui demandera "y'a-t-il
une Barbra parmi vous ?"), puis l'apothéose,
le concert. Le premier concert, tant attendu. Il a été
formidable, frais, convivial... et court. Le dispositif
de la fête - plusieurs groupes se succèdent
- a ses limites. Le timing initial peut difficilement
être respecté. Mais surtout, Guillaume est
blessé à la main. Un peu plus tôt, j'étais
seule face à lui dans les coulisses, il se massait
avec un onguent. Il m'explique qu'il s'est fait mal. Je
ne lui pose pas de question. Guillaume m'intimide beaucoup.
Assez tard dans la soirée, ja vais dire au revoir
à mes compagnons de route.
Ce sont eux finalement. Ceux pour qui je suis là.
Ce sont eux mes voisins avec lesquels je peux échanger
des banalités ou bien me confier, se saluer ou juste
se reconnaître. Ce sont eux - que je suis, qui sont
avec moi.
Ce soir-là, Karin me propose de rester avec elle.
Et pendant une minute, j'ai été Dorothy, j'ai
traversé l'arc-en-ciel. Cet instant ne se reproduira
peut-être jamais plus, mais je n'oublierai pas qu'il
a existé, une fois.
Le lendemain, mon réveil est un vrai régal.
Temps splendide, petit déjeuner royal, chaleur et
totale sympathie de la part des hôteliers.
C'est follement heureuse que je me dirige vers la gare pour
prendre... 3 nouveaux trains afin de me rendre à
Thuin. Encore une fois, de délicieux paysages boisés
défilent, d'adorables petites maisons... Mon arrivée
à Thuin est un peu épique, car il y a un tout
petit canal de rien du tout à traverser... sauf qu'il
faut passer par un pont dans le plus pur style bretelle
d'autoroute pour ce faire, et que naïvement, j'ai commencé
à longer le canal pour trouver un ponton ou quelque
chose de beaucoup plus typique pour passer le Rubicon...
Résultat, j'ai marché plusieurs km, dans
un sens puis dans l'autre, avant de m'engager sur une
péniche au niveau d'une écluse pour enfin
y arriver !!! Sachant que j'avais mes bagages à la
main, je me suis sentie un peu comme Linda de Suza et sa
valise en carton...
Débarrassée de mes apparats de routarde, je
peux enfin savourer la beauté de Thuin et la Wallonie.
Bien que ma tenue - et mes chaussures, ne s'y prêtent
pas du tout, je m'engage sur 1000 chemins escarpés,
dissimulés, surprenants. Passant de ruelles pavées
à des panoramas spendides de verdure, au détour
d'une route empruntée au pur hasard. Les vieillards
me saluent. Les jeunes ne s'étonnent pas de mes vagabondages.
Je vais où je veux. Quelque fois je m'arrête,
je prends une photo. Ou je ferme les yeux.
Pourquoi cette sensation, si forte aujourd'hui, qu'il "faut
que je respire" ?
Pourquoi ce besoin de se sentir loin de tout pour se réinitialiser
?
Ce week-end belge est très clairement une retraite
pour moi.
...
Dans cette quête de "l'esthétique transcendantale",
j'ai un peu oublié ma crème solaire indice
60 à Paris... c'est donc "Barbra le Homard"
qui est redescendue de sa colline pour se rendre au second
concert de cette session belge...
Ce second concert est plus beau, plus fort que le premier.
Il y a plus de monde. L'espace, plus ouvert qu'à
Binche, génère une ambiance plus festive.
Karin est complètement à l'aise, elle fait
ce qu'elle veut. Elle interprète formidablement ses
titres. Elle forme aussi un très beau duo avec Jules
sur "Ne pas". Eva joue avec l'objectif. Je lui
ai fait part de mon challenge : la prendre en photo,
souriante (!), elle pose alors pour moi, affranchie. J'ai
vu Eva se mettre en colère ce soir. Je lui ai dit
très sérieusement que j'espérais qu'elle
ne le devienne jamais contre moi !... et là maintenant,
c'est la plus glamour des bassistes... en talons hauts que
je mitraille bien promptement... en bonne fétichiste
du pied que je suis !
"Zézé Mago" est au rappel, et là
je me sens fort émue. C'est la dernière soirée,
et tout le concentré d'émotion se cristallise
sur "7ème rue" (... que Karin introduira
en disant : "7ème jour" !!!).
J'ai fait la connaissance d'un JRI très spécial
à Thuin. Un reporter d'images ultra private
qui a tous les accès, toute la confiance. Je trouve
que j'ai beaucoup de chance (...).
Karin s'éclipse rapidement à la fin de la
soirée... elle oublie sa robe dans la loge.
J'aurais pu la lui voler, comme le postier vole la robe
de la "Diva" Cynthia Hawkins... Je pense cependant
que les soupçons auraient été rapidement
portés sur moi !!!
Ce jour-là bascule, et Guillaume Jouan a 36 ans.
Moi qui ne connaissais pas Miossec il y a encore 6 mois,
je suis présente le jour de l'anniversaire de Guillaume
Jouan, je suis parmi la petite poignée de personnes
auprès de qui il s'étonne de cet événement.
Je comprends cet étonnement. Il me touche profondément.
Moi qui disais à 20 ans - à l'instar de Baudelaire,
"J'ai plus de souvenirs que si j'avais 1000 ans",
je sais pourquoi il est si incrédule d'y être
arrivé.
Je n'ai pas su lui dire quoi que ce soit, j'avais l'impression
d'avoir volé cette place. Ce que ça peut être
dur d'être digne des gens qui vous acceptent !
Mais la nuit bascule aussi.
Je dors peu, je me lève très tôt, je
vais hummer une dernière fois l'air de la campagne.
Au moment de partir, alors que je vois Karin et son "Mister
Lover Man" s'éloigner simplement, de l'autre
côté de l'arc-en-ciel, il me semble regarder
le Roi et la Reine de Belgique.
I saw 'em.
De retour à Paris, je m'écroule.
J'ai vécu 48 heures de tournée, à la
fois dans la plus totale solitude introspective, et dans
la plus complète acceptation de ce que je suis -
Barbra ! - par mes compagnons de route.
Plus tout à fait l'ancienne. Pas tout à fait
une autre.
Et le soir, alors que j'ai retrouvé le souffle de
l'homme que j'aime endormi contre moi, je sais que je peux
repartir demain. Reprendre mon RER A, retrouver ma sphère
de communicante, me reconnecter et redevenir le petit smiley
ON, point lumineux... perdu dans l'infinité.
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