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Mercredi 6 novembre 2002 - Paris

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RDV dans la galerie !
Dans les feux rouges qui accompagnent "le voyage de Kassandre", Karin devient tour à tour une femme mythique, convoitée, abusée, condamnée et une femme quotidienne, electrisée, blessée, épuisée... Le dernier exemplaire.
Elle réussit à faire passer tout ça, et ( je pèse mes mots), elle est proprement bouleversante.










Mercredi 6 novembre, j'avais un entretien.
Cela s'est conclu par un contrat et l'obligation d'être briefée tout l'après-midi, ce que je n'avais pas prévu.

Quand je sors de l'immeuble, du côté de la station Glacière, il fait nuit et surtout... il pleut des cordes. Je ne suis pas assez habillée pour ce sale temps, de plus je suis encombrée de diverses choses que j'ai du mal à protéger de la pluie. Et je n'ai plus le temps de rentrer chez moi les déposer : ce soir, je vais voir Karin Clercq pour la première fois live on stage, au Bataclan, en première partie de Tarmac.
Je ne sais même pas où est le Bataclan.
J'ai griffonné vite fait l'adresse au dos de mon bloc-notes et j'ai cherché sur un plan de la Ratp.
J'avoue que je n'avais pas de billet ce soir-là, c'est un copain bénévole d'Act Up - présent à l'entrée de la salle - qui m'a fait entrer... Je suis finalement arrivée vers 19h, dans un piteux état.

Les fans de Tarmac sont entrés à leur tour, ils ont commencé à investir la fosse.
J'ai dû attendre que le concert commence pour m'approcher car, ce soir-là, j'étais (mal) accompagnée. Quelqu'un, que nous appellerons "Mister Wrong", était mon chevalier desservant depuis plusieurs mois. Il me gardait jalousement auprès de lui.
Mais les lumières ont baissé, j'ai compris que c'était le bon moment et là, je me suis précipitée vers la scène. Sur le côté, j'ai pu bénéficier du "show" et même prendre quelques photos.

La jolie blonde intimidée, rencontrée deux semaines plus tôt à France Inter, était là, dans la lumière cette fois, dans sa peau de chanteuse, exposée, livrée à une foule venue pour quelqu'un d'autre. Je la voyais enfin, "exerçant son métier".
L'aspect "1ère partie" m'avait d'abord découragée de venir. Je ne savais pas bien à quoi m'attendre. Un "Trois titres et puis s'en va" ? Puis je me suis dis que, malgré ce que j'avais cru au départ, Karin Clercq était une débutante (oui, j'ai cru un temps qu'il n'y avait que moi qui ne la connaissais pas, je ne suis pas une fille "branchée"... en plus je viens de province...)... et j'ai alors pensé qu'il fallait être là. Quel que soit le nombre de titres joués. Il fallait être un support, la soutenir... d'autant plus devant un auditoire pressé de passer à la suite !

Elle enchaîne les chansons de l'album. Je m'étonne qu'elle en chante autant ! Essayera-t-elle "Kassandre", ma préférée ? Alors là, ce serait un test concernant ce que je projette sur elle !! Serait-elle à la hauteur ?
Elle joue de sa beauté. Elle joue de son intelligente perception.
Elle brouille les cartes d'une manière incroyable. Je suis personnellement scotchée, mais je regarde les autres, ils sont surpris. Oh mince !, elle ne rentre pas dans la case "potiche blonde" dans laquelle ils l'auraient volontiers rangée, quand elle a défait son gilet...
Ce qu'elle chante est dur. Le discours qu'elle place face à son physique interloque. Plus personne n'a les moyens de juger. Il faut la laisser faire. Elle restera 1 heure, sans subir - de mon point de vue - de résistance. Elle a trop surpris pour avoir aiguisé l'impatience de passer à la suite, au plat principal... ou à la conclusion de ses "préliminaires", comme elle le dira elle-même...

Et puis elle a chanté "Kassandre".
Ce morceau, incroyable dans sa version studio, elle l'a catapulté summum de son art sur scène. Ses gestes, ses intonations, sa diction viennent donner vie à une chanson qui, résumée sur cinq lignes, flirte déjà avec le petit chef-d'oeuvre, alors qui devient là, en live, "un pur moment de rock n' roll"ou "une preuve de l'existence de Dieu"... comme dirait Véro !!!
C'était en tout cas la dernière preuve qu'il me fallait à moi. Je suis bluffée, je suis soufflée.
Puis elle disparait.
Après "manqué" (que j'avais osé demander un peu tôt), elle s'est éclipsée. Plus rien.
Un vague "Bonsoir !". Envolée.
J'étais restée estomaquée, tant par le concert que par sa disparition. J'ai voulu lui dire "au revoir", "merci", peut-être "encore". Pas pu. Alors c'est sur son site web que lui ai clamé mon rappel.

Elle l'a entendu.

...


Dans la confusion de "l'entre-deux", Mister Wrong a essayé de me ramener à la réalité : la sienne. Moi j'étais toute chose. Je ne savais pas bien ce que je voulais, surtout pas écouter Tarmac.
Où était-elle ?
Allait-elle assister au concert ? Rester dans les coulisses ? Partir ?
Savoir où elle était m'obsédait. J'ai essayé de mobiliser mes copains d'Act Up qui avaient des backstage pour le savoir, impossible. J'ai demandé à des gens du Bataclan, personne ne me répondait.
Devant ma mine déconfite, mon copain d'Act Up m'a dit qu'il pourrait peut-être me faire rester lors de la soirée post-concert, organisée en l'honneur de la fin de la tournée de Tarmac. Qu'elle serait peut-être là... Devant les gros yeux de Mister Wrong, je me suis convaincue que je n'étais qu'une idiote et qu'il fallait y aller. Je suis partie.
Le restau où il m'a emmenée n'a fait que précipiter le goût amer de cette fin de soirée. Il a été odieux. Il m'a demandé de choisir ( !???! ).

Ce soir-là, et pour encore quelques jours, j'ai été docile.
Mais pas de chance pour lui. Comme dans "Mulholland Drive"... la brune préfère la blonde.