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Dans les feux
rouges qui accompagnent "le voyage de Kassandre",
Karin devient tour à tour une femme mythique, convoitée,
abusée, condamnée et une femme quotidienne,
electrisée, blessée, épuisée...
Le dernier exemplaire.
Elle réussit à faire passer tout ça,
et ( je pèse mes mots), elle est proprement bouleversante. |
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Mercredi 6 novembre,
j'avais un entretien.
Cela s'est conclu par un contrat et l'obligation d'être
briefée tout l'après-midi, ce que je n'avais
pas prévu.
Quand je sors de l'immeuble, du côté de la station
Glacière, il fait nuit et surtout... il pleut des cordes.
Je ne suis pas assez habillée pour ce sale temps, de
plus je suis encombrée de diverses choses que j'ai
du mal à protéger de la pluie. Et je n'ai plus
le temps de rentrer chez moi les déposer : ce soir,
je vais voir Karin Clercq pour la première fois live
on stage, au Bataclan, en première partie de Tarmac.
Je ne sais même pas où est le Bataclan.
J'ai griffonné vite fait l'adresse au dos de mon bloc-notes
et j'ai cherché sur un plan de la Ratp.
J'avoue que je n'avais pas de billet ce soir-là, c'est
un copain bénévole d'Act Up - présent
à l'entrée de la salle - qui m'a fait entrer...
Je suis finalement arrivée vers 19h, dans un piteux
état.
Les fans de Tarmac sont entrés à leur tour,
ils ont commencé à investir la fosse.
J'ai dû attendre que le concert commence pour m'approcher
car, ce soir-là, j'étais (mal) accompagnée.
Quelqu'un, que nous appellerons "Mister Wrong",
était mon chevalier desservant depuis plusieurs mois.
Il me gardait jalousement auprès de lui.
Mais les lumières ont baissé, j'ai compris que
c'était le bon moment et là, je me suis précipitée
vers la scène. Sur le côté, j'ai pu bénéficier
du "show" et même prendre quelques photos.
La jolie blonde intimidée, rencontrée deux semaines
plus tôt à France Inter, était là,
dans la lumière cette fois, dans sa peau de chanteuse,
exposée, livrée à une foule venue pour
quelqu'un d'autre. Je la voyais enfin, "exerçant
son métier".
L'aspect "1ère partie" m'avait d'abord découragée
de venir. Je ne savais pas bien à quoi m'attendre.
Un "Trois titres et puis s'en va" ? Puis je me suis
dis que, malgré ce que j'avais cru au départ,
Karin Clercq était une débutante (oui, j'ai
cru un temps qu'il n'y avait que moi qui ne la connaissais
pas, je ne suis pas une fille "branchée"...
en plus je viens de province...)... et j'ai alors pensé
qu'il fallait être là. Quel que soit le nombre
de titres joués. Il fallait être un support,
la soutenir... d'autant plus devant un auditoire pressé
de passer à la suite !
Elle enchaîne les chansons de l'album. Je m'étonne
qu'elle en chante autant ! Essayera-t-elle "Kassandre",
ma préférée ? Alors là, ce serait
un test concernant ce que je projette sur elle !! Serait-elle
à la hauteur ?
Elle joue de sa beauté. Elle joue de son intelligente
perception.
Elle brouille les cartes d'une manière incroyable.
Je suis personnellement scotchée, mais je regarde les
autres, ils sont surpris. Oh mince !, elle ne rentre pas
dans la case "potiche blonde" dans laquelle
ils l'auraient volontiers rangée, quand elle a défait
son gilet...
Ce qu'elle chante est dur. Le discours qu'elle place face
à son physique interloque. Plus personne n'a les moyens
de juger. Il faut la laisser faire. Elle restera 1 heure,
sans subir - de mon point de vue - de résistance. Elle
a trop surpris pour avoir aiguisé l'impatience de passer
à la suite, au plat principal... ou à la conclusion
de ses "préliminaires", comme elle le dira
elle-même...
Et puis elle a chanté "Kassandre".
Ce morceau, incroyable dans sa version studio, elle l'a catapulté
summum de son art sur scène. Ses gestes, ses intonations,
sa diction viennent donner vie à une chanson qui, résumée
sur cinq lignes, flirte déjà avec le petit chef-d'oeuvre,
alors qui devient là, en live, "un pur
moment de rock n' roll"ou "une preuve de l'existence
de Dieu"... comme dirait Véro !!!
C'était en tout cas la dernière preuve qu'il
me fallait à moi. Je suis bluffée, je suis soufflée.
Puis elle disparait.
Après "manqué" (que j'avais osé
demander un peu tôt), elle s'est éclipsée.
Plus rien.
Un vague "Bonsoir !". Envolée.
J'étais restée estomaquée, tant par le
concert que par sa disparition. J'ai voulu lui dire "au
revoir", "merci", peut-être "encore".
Pas pu. Alors c'est sur son site web que lui ai clamé
mon rappel.
Elle l'a entendu.
...
Dans la confusion de "l'entre-deux", Mister Wrong
a essayé de me ramener à la réalité
: la sienne. Moi j'étais toute chose. Je ne savais
pas bien ce que je voulais, surtout pas écouter Tarmac.
Où était-elle ?
Allait-elle assister au concert ? Rester dans les coulisses
? Partir ?
Savoir où elle était m'obsédait. J'ai
essayé de mobiliser mes copains d'Act Up qui avaient
des backstage pour le savoir, impossible. J'ai demandé
à des gens du Bataclan, personne ne me répondait.
Devant ma mine déconfite, mon copain d'Act Up m'a dit
qu'il pourrait peut-être me faire rester lors de la
soirée post-concert, organisée en l'honneur
de la fin de la tournée de Tarmac. Qu'elle serait peut-être
là... Devant les gros yeux de Mister Wrong,
je me suis convaincue que je n'étais qu'une idiote
et qu'il fallait y aller. Je suis partie.
Le restau où il m'a emmenée n'a fait que précipiter
le goût amer de cette fin de soirée. Il a été
odieux. Il m'a demandé de choisir ( !???! ).
Ce soir-là, et pour encore quelques jours, j'ai été
docile.
Mais pas de chance pour lui. Comme dans "Mulholland Drive"...
la brune préfère la blonde. |
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