RETOUR à l'ACCUEIL



>> FEMME X

 
" Etre personne, ça me dérange
... "
Femme X










Chanson inaugurale, chanson titre, chanson d'ouverture des concerts, Femme X est incontestablement un morceau très important. Il annonce bien la couleur : celle du décalage - réel ou imaginaire.
Réel si, à l'image de l'anecdote rapportée par Karin elle-même (ce serait une anonyme dans le métro, cristallisant tout cette "difficulté d'être", qui l'aurait inspirée), on calque ce texte à une fille anodine à tout point de vue.
Imaginaire, si on superpose à ce texte une femme aussi belle que Karin, rendant alors bien plus complexes et dérangeantes les paroles de cette chanson...

Dans nos sociétés de type "G8", on valorise beaucoup la beauté, elle est un capital à elle seule. Qu'une belle femme puisse ne pas se sentir exister et alimenter ainsi son propre échec social est très intéressant, ça retourne pas mal d'idées reçues. La beauté supposée froide, voire "glaciale", d'une Deneuve, n'a-t-elle pas souvent été exploitée dans ce sens par les réalisateurs les plus intelligents, et les plus retors ? (je pense bien sûr à "Belle de Jour" de Buñuel, où le personnage de Séverine doit se trainer dans la boue pour s'expérimenter elle-même, ne supportant plus d'être une jolie poupée de sucre ; ou bien plus précisément encore à "Répulsion" de Polanski, où la beauté n'est que la masque de la psychose...).

Mais sans aller aussi loin psychanalytiquement, cette chanson soulève, l'air de rien, une problématique bien complexe : la gestion du regard d'autrui sur son propre corps, et la façon dont on intègre ce regard au moment d'exposer ce corps - bien souvent par obligation puisqu'on ne peut pas vivre reclus.
Femme X est une belle ode à ce que j'appelle personnellement "les filles de plage", c'est-à-dire ces jolis petits lots qui ne sont pas pris au sérieux, ni par les hommes, ni par les femmes, et qui n'ont pas su jouer du pouvoir, ni de leur corps, ni de leur intellect, pour s'élever de leur condition de fille-mignonne-parmi-la-masse-de-filles-mignonnes.

J'aime d'autant plus le vocabulaire utilisé par Karin pour exprimer tout ça (se sentir moins mièvre ; se surprendre des sous-entendus langoureux ; sans épine et sans odeur, comme si une fille lisse était une rose déjà fanée etc.).
La façon dont Karin Clercq joue elle-même de son physique - dans un acte ultra conscient du degré de représentation au moment d'être sur scène - donnant à entendre de telles paroles, destabilise véritablement l'auditeur... et ça, c'est très bien joué.

>> je vous renvoie au site officiel pour les paroles complètes